Argument sceptique : Comment peut-on prendre au sérieux la parapsychologie ? N’est ce pas le royaume de l’irrationnel, à l’opposé de toute démarche scientifique ? Il existe certains thèmes qui ne méritent même pas que l’on s’y attarde et la parapsychologie en fait partie.
Cette réaction est fréquente et compréhensible. Elle repose souvent sur la méconnaissance des travaux des parapsychologues. Cette méconnaissance conduit parfois à un avis a priori défavorable concernant ces recherches. Ce premier avis est généralement suffisant pour qu’une partie des élites ne prenne pas connaissance des travaux des parapsychologues. Quelles sont les causes de cette attitude ?
L’amalgame qui consiste à confondre la parapsychologie telle qu’elle est diffusée dans les grands médias (ce que l’on peut appeler la pseudo-parapsychologie) et la parapsychologie scientifique. La pseudo-parapsychologie est une pseudo-science. Elle repose sur des croyances injustifiées et des approches pseudo-scientifiques. Parallèlement à cette pseudo-parapsychologie, largement diffusée dans les médias, il existe une parapsychologie scientifique dont les travaux sont le fruit de scientifiques et d’universitaires. Cette parapsychologie scientifique est une approche qui se veut neutre et objective concernant les phénomènes « dits » paranormaux. Elle tente d’expliquer scientifiquement ces phénomènes sans a priori concernant leur nature.
La difficulté d’information et de diffusion : la plupart des travaux scientifiques sur ces questions sont publiés en anglais et il n’existe pas de traduction en français des ouvrages de référence en parapsychologie. Les revues de parapsychologie à comité de lecture ne sont généralement pas disponibles dans les bibliothèques universitaires. En conséquence, la plupart des scientifiques, et des sceptiques français, ne connaissent pas ces travaux.
Le tabou académique : ce tabou a notamment été décrit par le sociologue et philosophe Bertrand Meheust. Il est difficile – mais pas impossible – en milieu universitaire, de travailler sur ce thème de recherche. Le raisonnement qui conduit à un tel tabou est le suivant : la parapsychologie n’est pas un sujet d’étude sérieux donc celui qui s’intéresse à la parapsychologie n’est pas sérieux. Ce cercle vicieux est particulièrement vigoureux en France. Il explique en partie pourquoi certains chercheurs préfèrent ne pas publier sur ce thème malgré leurs convictions personnelles qu’il s’agit là d’un thème pertinent.
Le manque de moyens : Les fonds dévolus à la recherche en parapsychologie sont très limités. Moins de cinquante scientifiques travaillent à plein temps dans des laboratoires de parapsychologie. En outre, l’ensemble des financements des laboratoires de parapsychologie au cours de toute son histoire correspond au financement des laboratoires de psychologie des Etats-Unis durant seulement deux mois.
La désinformation : la parapsychologie scientifique est un domaine de recherche qui est l’objet de beaucoup de désinformation. Elle est notamment la conséquence d’approches « pseudo-sceptiques » qui diffusent des informations erronées concernant les recherches scientifiques portant sur les phénomènes « dits » paranormaux. Cette désinformation est souvent relayée par les grands médias et contribue à amalgamer pseudo-parapsychologie et parapsychologie. Ce stratagème repose également sur le principe de l’omission : la référence aux travaux universitaires sérieux est souvent évitée. Cette lacune est possible étant donné la difficulté d’information et le tabou académique actuel en France. En conséquence, la plupart des scientifiques français ne peuvent distinguer information et désinformation. Il y a fort à parier que si la communauté scientifique dans son ensemble avait connaissance des travaux actuels effectués dans les laboratoires universitaires de parapsychologie, cette communauté porterait un regard bien différent sur ces recherches et sur un certain nombre d’ouvrages qualifiés de « sceptiques ».
Si ces différentes raisons ne permettent pas de légitimer l’intérêt de la parapsychologie, elles permettent de mieux saisir pourquoi certaines personnes n’arrivent pas à concevoir ce thème comme pertinent du point de vue scientifique.