Lire : "Réponse aux critiques de la thèse de Richard Monvoisin - dédicace au GEIMI" (PDF)
Nous remercions Richard Monvoisin pour cette longue réponse. Nous l’avons examinée en détail ici.
Introduction
Bonjour
Cela fait deux ans que j’ai soutenu ma thèse sur la zététique, et j’avais reçu peu de temps après une liste de critiques provenant du Groupe étudiant de l’Institut Métapsychique International (GEIMI). Je les avais lues avec attention, trouvant certains points pertinents, d’autres beaucoup moins, et j’aurais volontiers repris les critiques une par une si les méthodes du GEIMI en général, et avec moi en particulier, ne s’étaient pas apparentées à des techniques de chantage. J’avais une saine envie de me soumettre à la critique, mais un dégout un poil plus fort d’obtempérer à des injonctions de ce genre : il est difficile d’argumenter objectivement avec un canon de revolver sur la tempe. Ca gratte.
Et puis le temps passe. Tout comme dans le pinard, la lie retombe. Et puis on comprend que les injonctions des étudiants de l’IMI étaient moins motivées par moi-même et mes écrits que par une folle envie d’exister.
Alors chers membres du GEIMI, dans l’espoir qu’un jour vos réflexions ressemblent moins à des sommations, je vais essayer de répondre au mieux à vos critiques. Je pense que vous ne vous y attentiez plus. Cette réponse était prévue pour accompagner l’interview sur le podcast de J-M. Abrassard, mais vous m’avez pris de court : à peine l’émission était-elle diffusée que vous vous fendiez, là encore, d’un article échevelé à ce sujet, où vous excelliez encore dans l’art des maîtres chanteurs. J’ai alors failli renoncer pour de bon.
Mais voilà. Nous verrons bien si mes réponses vous amèneront à remanier ou retirer vos articles (sans chantage), surtout qu’ils sont un savant mélange de critique intéressante et de procès d’intention et de citations tronquées et malmenées et de diffamation intellectuelle.
Mais au fond, vous êtes libres de ne rien retoucher, et je fais confiance aux lecteurs pour se faire une idée par eux-mêmes.
Je vais garder votre découpage en trois types de critiques.
1. Ce que vous appelez un « abord biaisé de la parapsychologie »
2. Ce que vous appelez un « abord biaisé de l’épistémologie des sciences et des
pseudosciences »
3. Ce que vous appelle « les éléments d’un militantisme qui est regrettable dans ce contexte
éducatif »
Je vais répondre dans l’ordre chronologique de vos remarques. En italique, vos propos. Pour les lecteurs éventuels, le premier type de critique est inintéressant au possible, car basé sur des interprétations abusives et tronquées de ce que j’écris. Les deux autres parties sont plus stimulantes, et les critiques vont plus loin. Allons-y.
1. « Abord biaisé de la parapsychologie »
(Toutes les citations du GEIMI seront en bleu)
Cela est normal pour une thèse en didactique des disciplines scientifiques, mais pose un problème dès lors que Monvoisin s’écarte de cette didactique pour multiplier les affirmations sur les recherches parapsychologiques. Si ces affirmations – ou les travaux sur lesquels elles reposent – sont critiquables, il serait néanmoins dommage de réduire le travail de Monvoisin à ces quelques erreurs, alors que la dynamique de développement de l’esprit critique ne peut être qu’encouragée. Mais voilà : que peut valoir cet esprit critique quand il est mal appliqué par celui-là même qui le professe ? Il est tout de même malheureux que l’ensemble des assertions concernant la parapsychologie soit erroné, comme nous allons à présent le constater :
Page 32, une citation présente l’ESP comme une fantaisie pseudoscientifique (Losh & al. 2003 ; Goode 2002). Une opinion qui n’est pas contextualisée, si bien que l’on pourrait parler d’un « effet Cerceau » (qui consiste à admettre au départ ce que l’on entend prouver par la démonstration que l’on va faire).
On peut tout faire dire à une citation mal traduite et, comme vous dîtes, décontextualisée.
La phrase exacte est :
« By talking about why people believe in ghosts or ESP, students can learn how scientific processes
and evidence differ from those of pseudoscience »
qui traduite, donne quelque chose comme
« En discutant de ce qui fait que des gens croient aux fantômes ou à l’ESP (Perception Extra-Sensorielle), les étudiants peuvent apprendre comment les processus et évidences scientifiques diffèrent de celles des pseudosciences. »
Il n’est pas écrit, ni par Losh & al, ni par moi, que l’ESP est une fantaisie pseudoscientifique. Il est par contre dit que l’adhésion aux fantômes ou aux ESP sont des outils pédagogiques puissants pour l’apprentissage. Il n’est pas question d’amalgamer les deux – ni vous ni moi ne mettons l’ESP et les fantômes sur le même plan – mais il y a des traits communs. Donc merci de placer l’effet cerceau, mais d’une part, votre prémisse est fausse, et d’autre part, ce serait un cerceau si ce que j’entendais prouver était que l’ESP est pseudoscientifiques, ce que je n’ai pas fait. Vous le dîtes d’ailleurs vous- même la ligne suivante : « comme nous allons le voir, il n’y aura pas de démonstration de la pseudoscientificité de la parapsychologie. » Ni d’affirmation de ce genre, d’ailleurs. Je ne me préoccupe pas vraiment de la parapsychologie, comme j’ai eu maintes fois l’occasion de le dire.
Dans la note 25, p.34, Monvoisin juge que la plupart des thèses métapsychiques sont relativistes au sens postmoderne ;
Si vous n’êtes pas rigoureux dans vos critiques, ça va être difficile de débattre scientifiquement.
La citation exacte est :
« C’est ce qui d’ailleurs fait à nos yeux que les thèses métapsychiques sont très souvent (mais pas toujours, heureusement) relativistes au sens « postmoderne ». »
que les parapsychologues sont adeptes de la trituration de données, de la « martyrisation » des faits au moyen d’hypothèses ad hoc, et de l’utilisation d’autres outils d’analyse que la rationalité.
Un peu de rigueur, sacrebleu ! J’ai écrit :
« La trituration de certaines données pour en extraire des résultats, la martyrisation des faits au moyen d’hypothèses ad hoc, et l’invocation d’éventuels autres outils d’analyse que la rationalité font pencher dangereusement la parapsychologie vers la pseudoscience, mais aussi vers le spiritualisme surtout lorsqu’on nous suggère que le PSI, non matériel, n’est pas une matière analysable comme les autres. »
« Adeptes de la trituration de données », c’est ce que vous auriez aimé que j’écrive. Comme on dit en zététique, les yeux du cœur ont mauvaise vue.
Vous êtes inquiets que je classe la parapsychologie dans les pseudosciences. Pour pouvoir le faire, il faudrait que j’ai lu la littérature principale, ce que je n’ai que très peu fait – et ne ferai vraisemblablement jamais vu mon peu d’intérêt pour la question. Cela n’empêche pas qu’on puisse, au gré des lectures, tirer de votre champ un certain nombre de scories, utilisables à des fins d’enseignement. Je fais la même chose en paléoanthropologie : je lis peu de publications dans ce domaines, mais je me sers des scories, comme l’Homme de Piltdown, pour illustrer certains errements intellectuels. Et puis, il y a des pseudosciences, il y a des sciences, et il y a des mélanges, des hybrides plus ou moins heureux. Dans le spencerisme par exemple, je peux critiquer une dérive pseudoscientifique liée à une incompréhension du darwinisme et à un transfert abusif dans le champ social. Dans la physique mathématique, dans certaines thèses écologiques, dans la théorie des cordes, on peut aussi relever des bribes de fonctionnements pseudoscientifiques sans pour autant discréditer tous ces domaines, fort heureusement.
Je suis, à des fins didactiques, une sorte d’enseignant-chirurgien du champ des sciences, et je plante le bistouri dans les parties de chairs avariées pour montrer aux élèves les contours des nécroses (jolie métaphore, non ?) La gangrène n’ayant jamais signifié la mort assurée, il n’est pas exclu que la parapsy survive tout de même aux moult accusations de fraudes ou de bidonnage de données. L’anthropologie, la sociologie ont bien survécu. Je le lui souhaite en tout cas. En attendant... ben j’enseigne.
Pages 37 et 38 (dont la note 37), toutes les définitions de l’activité scientifique qui sont données, et qui correspondent pourtant à ce que font les parapsychologues de la Parapsychological Association, semblent bizarrement devoir en écarter la parapsychologie.
Non, je n’en ai pas parlé, tout simplement, comme je n’ai pas parlé de biochimie ou de gastronomie. Je vous rappelle que ma préoccupation (pédagogique) n’est pas la votre (prouver quelque chose dont vous êtes déjà persuadés).
Monvoisin évoque ici les objections ad hoc que feraient les parapsychologues, selon laquelle la méthode scientifique classique n’est pas adaptée aux phénomènes psi, que ces phénomènes sont évanescents ou « jaloux » (c’est-à-dire dépendants de l’expérimentateur). Encore une fois, aucune référence n’est donnée, et Monvoisin propose un monologue.
J’ai écrit ceci :
Le seul contre argument qui nous a été objecté est celui de la parapsychologie, qui invoque couramment que la science telle que nous la définissons n’est pas adaptée aux phénomènes évanescents, ou « jaloux ».
Comme monologue, on fait plus long. Mais qu’importe, je maintiens que cet argument est couramment invoqué. La seule objection que vous pourriez me faire est que je focalise peut être sur la parapsychologie de comptoir, celle qu’on trouve hors des labos, dans la presse, et que je devrais la séparer de la parapsychologie « scientifique ». C’est vrai. Mais non seulement je peux sourcer quelques cas de bricolage de la méthode dans votre champ, en outre je ne vous vois jamais dénoncer la parapsychologie de comptoir, même quand on vous met sous le nez certains de vos conférenciers les plus médiocres. A l’IMI, il y a une franche tendance à faire intervenir des gens d’un niveau douteux, comme sur de la Transcommunication Instrumentale, ce qui n’améliore pas votre image et me fait douter de votre bonne foi à bien séparer le bricolage parapsy et la science. Le sérieux de l’image de votre champ passe déjà par vous.
Depuis 130 ans, les parapsychologues ne cessent pourtant de répéter que la science classique doit s’intéresser à ces « phénomènes » qui peuvent faire l’objet d’expérimentations en laboratoire !
Je ne peux qu’être d’accord avec ce cri du coeur !
Page 90, Monvoisin force une distinction entre des hypothèses ad hoc matérielles et d’autres immatérielles. Il entend par là que cette hypothèse se prête ou pas au jeu de l’expérimentation (« matériel » prend ici le sens d’« opérationnalisable »). Or, cela l’amène à décréter qu’une hypothèse comme le 6ème sens n’est pas une hypothèse expérimentable. Cette version française de l’ESP a pourtant été popularisée par le physiologiste et prix Nobel Charles Richet dans Notre sixième sens, qui décrit les expérimentations sur la question.
Une hypothèse ad hoc est créée avant même qu’il y a des manifestations du phénomène, ou vient expliquer l’absence dudit phénomène. C’est ça le problème. Le 6ème sens, tant postulé de partout sans se donner la peine de s’affranchir de toutes les autres explications possibles d’interprétation des hypersensibilités, est effectivement une hyp.ad hoc, pour l’instant. Rien que le mot cloche – car physiologiquement, on pourrait dépasser largement les 5 sens, qui sont d’un héritage lointain – le mot porte en lui cette fantasmagorie du méta-humain avant même que la recherche commence. C’est comme pour le don de sourcier : l’appeler comme ça le range dans les hyp. ad hoc, car il contient déjà ce qu’on entend démontrer, à plus forte raison si on n’a pas pris soin de bien faire la dichotomie avec ce que le sourcier perçoit de l’environnement permettant d’inférer la présence d’eau.
- Richet a d’ailleurs fait un apport important à la psychologie avec l’utilisation des probabilités pour ses études métapsychiques (voir Hacking, 1988 ; et plus globalement sur les contributions de la parapsychologie à la psychologie, Watt, 2005, traduit ici). En bon matérialiste, Richet reprend l’adage « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu »
Rien n’est dans l’intellect qui n’ait été d’abord dans les sens – pour proposer une voie physiologique de compréhension des acquisitions paranormales d’informations.
Je n’arrive pas à évaluer les contributions réelles de la parapsy, celles de Carlos Alvarado par exemple. Mais c’est évident que les recherches sur ce que les gens pensent être des états modifiés de conscience ne peuvent qu’être intéressantes pour la psychologie. Mais... c’est de la psychologie, non ? Je ne comprends pas pourquoi vous ne vous fondez pas dans la psychologie, au final. Tout serait bien plus simple pour vous, non ? Note : dans l’article de Caroline Watt, il y a quand même des choses énormes : « Plus de 50 % des livres ayant le terme « parapsychologie » dans leur titre sont parus depuis les années 70. On remarque ainsi une augmentation générale du nombre de livres publiés sur ce sujet, même si cette croissance demeure limitée par rapport à celle des publications en psychologie. Ces chiffres suggèrent que les éditeurs apprécient les ouvrages sur la conscience et la parapsychologie et que le public porte un grand intérêt à ces sujets. Cela ouvre des perspectives intéressantes pour les parapsychologues si les gens acceptent d’entendre ce que nous avons à leur dire ». Ca ne veut rien dire, tout ça, vu que la majorité des bouquins parlant de parapsy ne le font pas comme vous dîtes le vouloir, mais le font de manière amateur. On pourrait croire qu’elle veut le beurre et l’argent du beurre, se dissocier de la parapsy de comptoir, et en même temps surfer sur cette vague. Je me trompe ? Je ne veux pas faire de procès d’intention, mais c’est quand même saugrenu.
Page 42, il tente d’expliquer le désintérêt des scientifiques, et de H. Broch en particulier, pour le champ de la parapsychologie, par le fait que celui-ci serait « entaché de fraudes récurrentes ».
Je comprends, mais ne défends pas la position de H. Broch. Je l’ai dit et écrit là dessus.
Harvey J. Irwin et Caroline A. Watt indiquent pour leur part qu’aucune étude ne démontre qu’il y a davantage de fraude en parapsychologie que dans les autres disciplines (An introduction to parapsychology, 5th edition. McFarland & Company, 2007).
Bien sûr, c’est probable. Vu le nombre de fraudes en science, il se pourrait même qu’il y ait moins de fraudes en parapsychologie qu’ailleurs ! Seulement, ce n’est pas parce qu’il y en a plus, autant, ou moins, que ça en fait un argument. Le problème n’est pas tant qu’il y ait des fraudes, que le rapport fraude / étude solide. La biologie se relève de l’affaire Hwang parce qu’elle cumule une telle masse de corroborations de ses hypothèses que Hwang n’est qu’un croc-en-jambe. On oubliera vite les fraudes de parapsy quand vous tiendrez quelques publications majeures dans des revues à referee à haut facteur d’impact. Et ne venez pas dire qu’il s’agit d’un ostracisme de votre champ : vous savez, les revues sont des entreprises tout à fait vénales, et seraient ravies de faire du scoop avec des études à vous.
On peut également lire un exemple de fraude décrite par H. Broch (1985, p.139-140) et reprise par Monvoisin. Il s’agit d’Eusapia Palladino qui prétendait déclencher dans le noir des déplacements d’objet sans déplacer ses membres. (…) Or, en se reportant à la source originale, on trouve chez Broch la description imaginaire d’une expérience où un médium est mal contrôlé par un expérimentateur, si peu soucieux qu’il place la sonnette toute proche. Il n’y a chez Broch aucune référence à aucune expérience en particulier (le nom de Palladino n’est pas utilisé en 1985) (…) Or, Broch ne nous parle que d’une expérience de pensée, et si on ne peut accepter d’un parapsychologue une preuve d’une anomalie sur un scénario imaginaire, il est aussi peu évident d’accepter la démonstration d’un biais par ce moyen.
Le cas Palladino n’est pas une expérience de pensée, hélas, et n’a pas attendu Broch pour être narrée
(Fielding & Marriott, Seabrook, Wood, Brace & al., Muldoon...).
Rapport à votre dernière phrase : il n’est pas question de « démontrer » les biais, un biais, ça
s’illustre, ça ne se démontre pas.
Et pourtant, ce serait simple de s’y prendre scientifiquement, en examinant par exemple le rapport de Jules Courtier sur les expériences conduites avec Eusapia Palladino de 1905 à 1908, par un groupe de savants de l’Institut Général Psychologique comportant Pierre et Marie Curie, Ballet, D’Arsonval, Bergson, Branly, etc. Ces savants affirment avoir constaté par enregistrement automatique des mouvements à distance sans intermédiaire matériel connu. Tombent-ils sous le coup d’un « effet paillasson » ?
Vous posez assez maladroitement la question. On peut faire un effet paillasson dans sa formulation, tout en ayant raison dans son propos. 1) Discutons-nous de l’intérêt de l’effet paillasson ? En terme d’exemples, il y en a une dizaine d’autres dans le même paragraphe, mais si nécessaire, je peux en fournir une plus grande quantité. 2) Discutons-nous de l’opportunité de cet exemple pour illustrer le paillasson ? 3) Ou discutons-nous d’Eusapia Palladino ?
Car, quand bien même Palladino eut un don, cela n’infirme en rien mon exemple. Pour la petite histoire : il est vrai que Pierre et Marie Curie, entre autres, étaient présents aux séances en question. Il semble, selon la biographe Quinn, que Marie fut bien moins prompte à croire aux dons de Palladino que son mari Pierre, qui voyait déjà d’immenses possibilités de production d’un nouveau type d’énergie (rappelons-nous la période, avec la radioactivité naissante) et que l’assistance mêlait des chercheurs qui étaient plutôt enclins à la métapsychique, comme Crookes. Cela ne dit rien bien sûr sur leurs observations, mais pour avoir étudié un certain nombre de cas où d’éminents savants se leurrent sévèrement (voir Effet Formule 1), comme Rocard, Pauling ou Montagnier maintenant, je reste sceptique. Pour tout dire, le « don »de Palladino n’intéresse pas vraiment mon propos.
La même situation se répète pages 266 et 267 : Monvoisin reprend à son compte un « scénario imaginaire » de Blanrue, déjà réutilisé par Broch. Il s’agit ici d’insinuer que les parapsychologues se suffisent de la bonne foi d’un sujet comme seul contrôle pour une expérience où il s’agit de tordre des barres de métal par la pensée, et non par la force mécanique ou par une astuce de prestidigitateur. Derechef, aucune référence : on reste dans la démonstration imaginaire d’un biais.
Je me répète. Il s’agit pour moi de décrire quels biais de raisonnement peuvent être illustrés au moyen des sujets que je prends. Je ne démontre pas que tous les parapsychologues sont comme M. Tordant, d’une parce que je ne le pense pas, de deux parce que peu me chaut.
(...) Monvoisin se contente de reprendre à son compte les travaux de son co-directeur Henri Broch sans leur appliquer le moindre questionnement.
Ca, c’est une preuve que la lecture mentale existe, vous lisez dans ma tête :) et à rebours, pour savoir que je ne me suis appliqué aucun questionnement
Il cite ainsi intégralement un propos de Broch (La méta-analyse en parapsychologie ?) qui discrédite l’usage de la méta-analyse par les parapsychologues (p.267-268).
Vous n’êtes pas précis. Il ne discrédite pas l’usage de la méta-A par les parapsys en soi, mais l’usage d’une méthode biaisée de méta-A, c’est très différent.
Or, cet article a fait l’objet d’une critique (J. Buisson, La méta-analyse en parapsychologie !).
Oui, mais cet article est vraiment bizarre : Buisson dit :
« Le principal problème de l’article de H. Broch est qu’il est totalement inadéquat à la complexité du sujet abordé ».
Ah, ok, pourquoi ?
« L’auteur fait preuve d’une grande légèreté alors que le sujet est l’objet de nombreuses discussions dans la communauté scientifique, et pas seulement parapsychologique ».
Oui mais ce n’est pas un argument.
« La première critique que l’on peut faire est que H. Broch vise exclusivement les parapsychologues. »
Mais ce n’est pas un
argument suffisant, voyons.
Puis Buisson dit :
« Par ailleurs, H. Broch nous dit que l’effet tiroir ne doit être calculé que d’une « seule correcte façon ».
Mais Broch ne parle pas d’effet tiroir, il dit que pour qu’une méta-A soit
recevable il faut ça et ça, il ne dit rien sur l’effet tiroir.
Je ne suis pas fin spécialiste des stats, mais je souscris à l’idée de Buisson que probablement, il y a
utilisation de plusieurs méthodes pour déterminer le FSN en parapsy. Mais je ne vois pas en quoi
cela infirme la remarque de H. Broch sur l’histoire de moyenne m et de largesse d’échantillon iaisée
pour la méta-A. Donc j’attends de comprendre mieux pour savoir en quoi l’article de Broch (assez raide sur la forme, mais allez lui en parler, moi j’essaye, il ne m’écoute pas) pèche vraiment.
Idem page 97, Monvoisin reprend l’argument de Broch (1989) quant à la diminution des tailles d’effet de la psychokinèse en fonction de la sophistication des contrôles. Il ne s’inquiète pas du fait que, pour faire tenir son raisonnement, a) Broch postule que les statues de l’Île de Pâques ont été mis en place par psychokinèse (en prêtant à des parapsychologues anonymes cette affirmation) ; b) Broch ne référence aucune analyse (ou méta-analyse) montrant que les tailles d’effet de la psychokinèse ont diminué, et que cela peut être directement imputable à la sophistication des contrôles. Bref, l’argument n’est qu’une vague insinuation de l’hypothèse de la fraude, sans véritable raccord à la réalité.
Je vous l’accorde. Je crois qu’il n’y a pas assez de mesures pour tracer ce diagramme, et s’il y en a, je ne les ai pas vérifiées moi-même. Je ne l’utilise jamais en cours pour cette raison, et à refaire, je ne le mettrais pas dans ma thèse. Votre remarque est pertinente.
Le test d’un magnétiseur
Dans la fiche pédagogique n°22 (p.418), Monvoisin donne un exemple de protocole zététique : le test d’un magnétiseur. Nous avons montré dans une analyse de ce protocole qu’il faisait l’impasse sur la revue de littérature, et souffrait de plusieurs défauts méthodologiques. Faut-il vraiment enseigner cela aux étudiants ?
La revue de littérature, on s’en fout pour mon propos. De même que pour expliquer comment tester la chute des corps en physique, il n’y a pas besoin de refaire toute la cinématique depuis Archimède. Quant aux critiques, il leur a déjà été répondu ailleurs.
Monvoisin nous comble d’un bel « effet Cerceau » page 308 : afin de montrer que la parapsychologie est anti-matérialiste, il développe une trame argumentative selon laquelle 1/ Un phénomène paranormal sort du champ de la science ; 2/ C’est parce que ce phénomène n’est pas matériel ; 3/ Donc le matérialisme est faux.
Je commence à comprendre. Vous n’avez pas lu ma thèse, vous avez probablement fait Ctrl+F parapsy ! :)
Monvoisin cherche ensuite à faire croire que ce n’est pas lui qui posent ces prémisses fausses qui biaisent tout ce raisonnement,
Bien sûr que non ce n’est pas moi, j’illustre une trame de raisonnement que je dénonce.
en citant l’ingénieur Pierre Janin (pour qui la réintroduction du psychisme dans la science est une contradiction du matérialisme, mais ne démontre ni sa fausseté, ni la sortie du phénomène hors du champ scientifique),
Ce n’est pas de la fausseté, c’est un non-sens, de renoncer au matérialisme ontologique (voir plus loin, on en reparle), comme de demander ce qu’il y avait avant le big bang.
Au fond de ce raisonnement se situe une erreur de niveau logique : tout phénomène détectable en science l’est par des moyens matériels (c’est le niveau épistémique), mais cela n’est pas suffisant pour décider si le phénomène est uniquement matériel (Corpusculaire ? C’est le niveau ontique. Pour une discussion des problèmes posés par les niveaux ontiques et épistémiques, cf. Atmanspacher , 2001)
1) je n’ai pas compris votre critique
2) je crois que vous maniez mal ontique / épistémique, pourtant une définition claire est donnée
dans le texte que vous me transmettez, de Atmanspacher
Il est facilement visible que les connaissances de Monvoisin en matière de parapsychologie sont au mieux de seconde main.
Vu que je n’ai rien « inventé » en science, tout n’est que de seconde main. C’est votre cas aussi, il me semble.
Il emprunte néanmoins une position ouverte, une suspension de jugement à propos de la réalité du psi (note 226, p.214-215) : « l’existence du psi est toujours controversée, et fait l’objet de débats, notamment entre l’Institut Métapsychique International et l’Observatoire Zététique. Constatons toutefois que les meilleurs papiers sur le psi, - à en croire l’IMI -, datent de moins de dix ans (notamment Honorton, Radin et éventuellement Sheldrake, malgré ses protocoles peu rigoureux). »
Ce qui devrait largement calmer toutes vos ardeurs envers moi – mais ça ne semble pas suffire, donc continuons.
Néanmoins, même cette position ne sied pas à Monvoisin, car elle découle chez lui d’une connaissance très approximative de ce dont il parle. Ainsi, dès qu’il est question de parapsychologie scientifique, il dit faire une confiance aveugle à ce que dit l’IMI, ce qui dissimule la part qu’il prend dans cette méconnaissance.
1) Je n’ai jamais dit cela (je ne fais d’ailleurs pas confiance à ce que dit l’IMI – qui n’a pas qu’une
voix)
2) je n’ai pas compris ce que vous dîtes
Comment expliquer autrement qu’il rajeunit le « papier » d’Honorton, lui attribuant moins
de dix ans d’âge, alors que le dernier date de 1994 et concerne des expériences antérieures
Le niveau des critiques baisse d’un coup. Je suis d’accord, dites-vous simplement que ma thèse
démarrant en 2003, à l’époque cela faisait 10 ans à peine. Mais franchement, quelle importance ? Je
mettrai quinze ans si vous voulez.
- Comment expliquer qu’il ne cite que deux autres parapsychologues contemporains, alors qu’il y a plus d’une centaine de chercheurs actifs ? Comment peut-il décréter quels sont les meilleurs articles sur le psi et non pas les seuls dont il ait eu vent ?
Il (donc moi) ne décrète rien, c’est vous-même qui me l’avez dit, et je ne fais que répeter vos paroles en les sourçant. J’ai écrit : « Constatons toutefois que les meilleurs papiers sur le psi, - à en croire l’IMI -, (…) ».
- Comment peut-il généraliser la critique du manque de rigueur des protocoles de Sheldrake à partir de critiques parcellaires de ses travaux ? Comment Monvoisin peut-il ne pas suspendre son jugement sur les 120 premières années de recherche en parapsychologie, alors qu’elles semblent lui être aussi mal connues que les dix dernières ? L’illusion devrait se dissiper, et derrière cette suspension de jugement, dont Monvoisin se targue de la produire « en bon sceptique » (p.215), il y a en fait une simple méconnaissance.
Je ne vois pas où est le problème. Ma méconnaissance inintéressée me fait suspendre mon jugement, c’est une posture sceptique impeccable et honnête il me semble. Si je m’y plongeais, alors je ne suspendrai plus mon jugement. On dirait que vous me prenez pour quelqu’un d’autre, ou que vous essayez d’épancher vos griefs envers d’autres sceptiques sur moi. Rendez à César ce qui est à César.
Une autre affirmation bancale (p.68) prétend que les parapsychologues affichent une « légitimité illusoire », puisqu’ils vont jusqu’à créer de toutes pièces voire à inventer des laboratoires universitaires et des chaires de parapsychologie.
Vous n’êtes pas rigoureux. Ma phrase p 68 parlant de « légitimité illusoire » porte sur « les acteurs du champ du ‘paranormal’ », pas sur les parapsychologues.
Si cette affirmation se vérifie partiellement dans le cas du Laboratoire de parapsychologie d’Yves Lignon, qu’une confusion intéressée a associé avec l’Université de Toulouse-Le Mirail, on ne comprend pas comment les parapsychologues auraient inventer des chaires universitaires de parapsychologie. C’est tout simplement un mensonge, doublé d’une omission.
Non, c’est une mauvaise lecture partisane et affective de votre part. Soit dit en passant, j’adore votre ton imprécateur, surtout lorsqu’il s’agit de remuer des nuages de fumée. Chaque fois je me dis que ça ne sert probablement à rien de vous répondre, mais dans le doute..
Monvoisin semble méconnaître (comme une récente intervention à l’ENS le 11 décembre 2007 l’atteste, car il répond à une question de la salle qu’il n’existe que cinq ou six départements universitaires dispensant des cours de parapsychologie en Europe) qu’il y a déjà de nombreux départements universitaires étudiant la parapsychologie, certains étant dirigés par des sceptiques, d’autres par des parapsychologues, d’autres par des chercheurs inclassables. Il est facile de taxer de pseudo-science une discipline qui n’a pas de reconnaissance universitaire actuellement en France, mais c’est aller trop loin que de dire qu’il y a une invention et une légitimité illusoire de la parapsychologie universitaire.
Ca tombe bien, je ne l’ai pas dit ! L’enregistrement est disponible. Je n’ai pas classé la parapsychologie dans les pseudosciences. Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage.
Je cite 5 ou 6 départements car ce sont les seuls que je connaisse dispensant des cours de parapsychologie. Donnez-moi une liste plus fraîche de départements universitaires dispensant des cours de parapsychologie, et je changerai mon chiffre.
(…) Face à cette réalité [du nombre de départements de parapsychologie ?], Monvoisin ne propose qu’une critique de l’intrusion pseudo-scientifique que constitue la thèse d’Elisabeth Teissier en Sorbonne (p.126). Les dossiers ne sont strictement pas équivalents.
Je n’ai jamais dit ou écrit qu’ils étaient équivalents (à partir de maintenant, quand vous ferez des citations fausses de mon travail ou me ferez des procès d’intention, je répondrai de manière assez courte, si vous n’y voyez pas d’inconvénient). Le cas Teissier p 126 n’est pas en balance avec la parapsychologie.
La méconnaissance de Monvoisin porte à conséquence, puisqu’il se fonde sur celle-ci pour critiquer l’argument de l’exception française avancé par plusieurs parapsychologues. Pour lui (p.230), il serait faux de croire qu’une majorité des autres pays du monde seraient dotés de laboratoires de parapsychologie, de chaires consacrées à des disciplines reniées en France, ou consacreraient d’importants moyens à des domaines que « l’esprit français obtus » considère comme pseudoscientifique. Mais il y a des laboratoires, des départements universitaires et des chaires à l’étranger, et Monvoisin ne s’est même pas inquiété de savoir à quel point cela était vrai. Il en compte six : « D’après le site de l’IMI, les laboratoires et chaires en parapsychologie sont au nombre de six en Europe : deux aux Pays-Bas, un en Écosse, deux en Angleterre et un en Allemagne... ce qui représente trois pays (sauf à considérer que l’Écosse est un pays). » Or, il y en a actuellement seize : neuf en Angleterre (Edimbourgh, Londres, Northampton, Hertfordshire, Liverpool, Cambridge, Coventry, Manchester, York), deux aux Pays-Bas (Amsterdam et Utrecht), deux en Suède (Lund et Göteborg), une en Hongrie (Budapest) et deux en Allemagne (Berlin et Giessen). Et cela n’inclue pas les laboratoires privés et sociétés savantes (en Suisse, Autriche, Espagne, Portugal, Islande, Danemark, Pologne, Italie). Bref, sur la seule base des centres universitaires, Monvoisin divise la réalité au moins par deux.
L’argument que je veux relativiser est l’exception française. Si je fais une liste des pays qui n’ont pas de chaire ou de département universitaire de parapsy, l’exception française ne tient plus. Ce n’est pas en agitant 4 ou 5 buissons (aussi beaux et respectables soient-ils) que vous donnerez l’illusion d’une forêt.
Pour Monvoisin, cet argument est une variante de l’ad populum, et use de manœuvres de victimisation et d’argumentaire légaliste (p.230-231). Mais qu’en est-il si cet argument est fondé ? Il semble l’être dans le sens où il y a un vrai déséquilibre entre la recherche internationale en parapsychologie et la reconnaissance française.
Je peux être un peu d’accord avec vous, pour une fois. Mais votre phrase est très différente de la question de l’ « exception française »
Ce déséquilibre se joue à deux niveaux : au niveau des institutions dont on peut faire le décompte, et au niveau des informations sur cette recherche qui semblent visiblement avoir du mal à passer, même à l’ère d’Internet.
Je pense que vous devriez vous méfier de la validation subjective. Mes collègues zététiciens font parfois la même erreur. Tout le monde a l’impression que ses idées passent mal. Est-ce le cas ? Même si je ne lui connais pas d’intérêt public proprement dit, l’IMI est reconnue d’ « utilité publique », il me semble, et jouit d’une reconnaissance institutionnelle que n’ont pas les associations sceptiques (pour l’OZ, parce que l’asso ne l’a pas demandée).
Plusieurs, y compris Monvoisin, sont ainsi victimes de leur ignorance du développement académique de la parapsychologie. De plus, R. Chauvin et B. Méheust ne se privent pas d’une enquête historique qui montre bien que la France est le berceau de ces recherches, et qu’elle occupait un statut proéminent au niveau international au début du XXe.
Ce n’est pas un argument. La phrénologie aussi a eu son heure de gloire. Actuellement, la psychanalyse freudienne truste également un certain nombre d’universités, sans que ça rende ses fondements scientifiques, et la PNL a encore ses émules.
Ne pas s’étonner de ce revirement de situation serait un comble.
?? Je n’ai pas compris.
Mais Monvoisin va encore plus loin pour infirmer la thèse d’une parapsychologie française « en retard » sur ses voisines européennes. Il concentre son argumentation (p.232 et suiv.) dans ces phrases : « Prétendre la science "en retard" sur certaines questions (la plupart du temps des questions « paranormales ») flatte une lecture « progressiste » de l’histoire dont nous avons déjà vu quelques dégâts. Dans la majorité des cas, ce genre de victimisation est factice : soit parce que "la majorité des autres pays du monde" n’est… pas a majorité des pays du monde. Soit parce qu’il y a effectivement des recherches sur les sujets soi-disant étiquetés "interdits", "dangereux", "révolutionnaires" (voir 4.4 Ips scénaristiques). Soit parce qu’il n’y a tout simplement pas de recherches "interdites". » A ces trois arguments, on peut répondre :1) Il y a de nombreux laboratoires de parapsychologie sur tous les continents (nous n’avons jusqu’à présent comptabiliser que les centres universitaires en Europe !). Une majorité des pays riches (précision nécessaire) ont effectivement des laboratoires officiels de parapsychologie. Monvoisin n’en dénombre que 4 (p.232).
Attention à l’effet bi-standart : majorité des pays, majorité des pays riches...
J’ai hâte que, pour clore ce sujet soporifique, que vous fassiez une liste des départements universitaires dispensant des cours de parapsychologie dans le monde.
La France n’en possède pas au sens où aucune subvention officielle n’est venue soutenir la recherche en parapsychologie dans ce pays. On remarquera d’ailleurs qu’entre la page 230 et la page 232, deux laboratoires de parapsychologie ont été égarés.
Tout à fait. C’est une vraie petite erreur que vous relevez, merci à vous.
2) Quand cela l’arrange, Monvoisin prétend que « les pouvoirs psi firent l’objet de recherches aux USA (projet Alpha), et se poursuivent en Europe, notamment en Grande- Bretagne. » (p.232) Plutôt que de nous parler de ces recherches (et de nous apprendre en quoi le projet Alpha est représentatif de la recherche en parapsychologie, alors que ce n’est qu’une tentative de mystification planifiée par le magicien James Randi, plus proche d’un coup médiatique que d’un projet scientifique, cf. Analyse d’une controverse, de Mario Varvoglis), Monvoisin se sert de cette allusion pour nier qu’il y ait un quelconque péril professionnel à s’occuper de parapsychologie. En parfaite contradiction avec sa thèse selon laquelle la recherche parapsychologique française n’est pas « en retard », il « infirme facilement » (p.232) l’argument français du « champ interdit » en invoquant... la recherche internationale
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre. Vous dîtes « quand ça m’arrange » ? Mais moi, rien ne m’arrange ! Vous faîtes une autre erreur : je balaye l’argument français du « champ interdit » à propos de l’homéopathie, non de la parapsychologie.
Vous avez par contre raison sur un petit point : le projet Alpha n’est pas le meilleur cas de recherches, et se rapproche pour beaucoup d’un coup médiatique. A refaire, je ne citerai pas ce cas à l’appui de mon argument.
3) Quant à l’argument sur l’absence de recherches interdites, nous pouvons renvoyer aux travaux de Méheust qui montrent la difficulté actuelle pour rendre possible un débat sur les phénomènes paranormaux, même avec la question de la réalité de ces phénomènes « en attente de validation ». Contrairement à ce qu’en pense Monvoisin (p.231), en sociologue, Méheust ne fait pas un tour de passe-passe en démontrant les mécanismes sociaux et politiques de cette fermeture au débat, qui sont questionnables au-delà de la question de la scientificité de telle ou telle étude. L’analyse que Monvoisin fait justement de ce travail nous semble erronée : il parle (p.232) d’une pure création scénaristique (le « carpaccio "bravade de l’interdit" ») auquel se greffe un effet bi-standard classique « si l’exception française est dénoncée activement lorsqu’il s’agit du délaissement d’un champ pseudoscientifique, elle n’est pas discutée lorsqu’une pratique est presqu’exclusivement française. Le cas de la psychanalyse comme thérapeutique, largement limitée à la France et à l’Argentine, ou de l’homéopathie, également centré sur l’axe France-Suisse-Allemagne, ne semble jamais invoqué de la sorte — hormis pour signifier l’état avancé des recherches en France dans ce domaine » (p.232).
Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais le voici quand même : si vous souhaitez faire de la parapsy un champ de recherche reconnu et moins folklorique, n’acceptez plus les émissions minables et conspuez le recours aux parapsychologues improvisés qui défilent sur nos écrans dans des émissions présentées par Dechavanne. Le regard sur la parapsychologie commencera alors à changer, à mon avis.
Or, Méheust développe justement cette hypothèse que la place de la psychanalyse dans la société française est justement un élément qui protège cette société de la reconnaissance de l’interdit posé sur la recherche parapsychologique.
?? Je n’ai pas compris votre remarque.
Cela fait l’objet d’une longue annexe dans le tome 2 – auquel Monvoisin ne fait référence nulle part –
Effectivement, car je ne l’avais pas lu. Je ne cite pas des livres que je n’ai pas lus, et Méheust n’était pas essentiel dans mon travail didactique.
de Somnambulisme et médiumnité (livre qui, en passant, a été publié en 1999 et non 1998 comme cela est indiqué).
Merci de cette correction, qui quoi qu’anecdotique, est exacte. C’est l’impression qui est faite en 1998, d’où mon erreur. Mais franchement, ça casse pas trois pattes à un canard.
Mais on voit que Monvoisin préfère citer de façon fallacieuse Méheust (p.288), comme si celui-ci était partisan de l’analogie Freud = Colomb,
Vous surinterprétez. J’ai écrit : « toutefois l’analogie Freud-Colomb, cité également par Méheust (1998) n’est pas de Naccache ». L’analogie est citée par Méheust, je n’ai pas dit qu’il était partisan.
alors qu’il ne fait que la citer (p.331 du premier tome, et p.410
?? Je n’ai pas trouvé p 410, mais franchement peu importe.et suiv. du second tome, dans cette annexe où les psychanalystes font l’objet de critiques)
pour montrer qu’il ne s’agit que d’une reprise d’une rengaine que l’on trouve déjà chez les magnétistes, étant bien au courant qu’Ellenberger a déjà montré que le Freud-Collomb n’est qu’un aspect d’une légende freudienne. Dans la lignée des conseils « faites ce que je dis, pas ce que je fais », Monvoisin conclut ce passage sur les laboratoires de parapsychologie, miné d’erreurs,
Le trouvez-vous toujours aussi miné d’erreurs maintenant que nous avons tout disséqué ? Vous auriez tout lu au lieu de faire une recherche par mot-clé aurait modéré vos ardeurs.
Dans la continuité de cette représentation biaisée de la parapsychologie, Monvoisin (p.68) refuse le discours d’expertise sur la question de (ouvrez le grand sac) Lignon, Chauvin, Van Cauwelaert, Sheldrake, Varvoglis, Kristen, Bogdanoff, Reeves, Coppens (fermez le grand sac). Ce joyeux amalgame vient gommer que plusieurs des personnes citées (Lignon, Chauvin, mais surtout Sheldrake et Varvoglis) ont publiés des recherches scientifiques en parapsychologie, parfois dans des revues mainstream mais principalement dans des revues spécialisées. Varvoglis, actuel président de l’IMI, a même consacré sa thèse de psychologie expérimentale à une expérimentation originale en parapsychologie, et est largement reconnu par ses pairs qui l’ont même élu Président de la Parapsychological Association en 2001-2002. C’est donc une erreur supplémentaire lorsque Monvoisin avance qu’exceptés Coppens et Chauvin, « tous les autres sont médiatiquement présents largement au-delà de ce que leur contribution scientifique laisserait présumer ».
J’ai écrit ceci :
(…) nous ne pouvons que constater que la demande sociale sur le sujet est goulue, et réclame des « 3èmes hommes » — c’est-à-dire des passeurs de la connaissance — si possible aisément identifiables. Faut-il donc être surpris de l’omniprésence dans les médias papier des go between Lignon, Chauvin, Van Cauwelaert, Sheldrake, à la télévision des Varvoglis, Kristen, Bogdanoff et même, d’une autre manière, Reeves et Coppens ? Si l’on excepte la carrière de Coppens, un lointain passé d’astrophysicien pour Reeves, et un champ d’expertise éthologique pour Chauvin, tous les autres sont médiatiquement présents largement au-delà de ce que leur contribution scientifique laisserait présumer (qui est parfois nulle pour certains, comme pour Van Cauwelaert, pourtant invité comme expert sur les plateaux TV lors du rebondissement de l’affaire du Suaire de Turin de Juin 2005).
Il n’y a d’amalgame que dans la mesure où tou-tes jouent les 3èmes hommes. Ils n’ont pas le même degré de forfaiture, si j’ose m’exprimer ainsi.
Il y a une chose qui décidément me surprend tout le temps : vous êtres mécontents qu’on conteste la validité scientifique de la parapsychologie. Le meilleur moyen serait me semble-t-il de venir apporter des études solides pour clore le bec à tout le monde. Or ces études ne sortent pas des revues consanguines. A quand une vraie étude solide, balancée dans une revue autre que proprement parapsychologique, qui poserait enfin un socle de discussion ? Quand la question vous est posée, vous répondez que c’est déjà le cas – or dans ce monde très prompt au commerce, une telle découverte ne passerait pas inaperçue. Au lieu de présenter des lauriers plus ou moins douteux, retroussez vos manches et mettez-vous à la recherche. Je vous rappelle que l’OZ avait proposé son concours sincère, il y a une poignée d’années, et que M. Varvoglis y a opposé un refus dont l’incourtoisie le disputait à l’arrogance.
Pages 40 et 41, Monvoisin cite Truzzi, un sociologue ayant développé une zététique qui s’appliquait symétriquement aux assertions des tenants du paranormal qu’à celles de ces opposants. Truzzi avait mis à jour des mécanismes de pseudo-scepticisme, incluant « la négation pure et simple des faits qui a priori » dont Monvoisin constate qu’elle relève autant de l’acte de foi que la croyance inconditionnelle dans le phénomène considéré. Pourtant, il s’empresse ensuite de mettre dans le camp des croyants inconditionnels les membres de l’Institut Métapsychique International, fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919 qui étudie scientifiquement les phénomènes paranormaux, et dont le site porte actuellement la devise : « Le paranormal : nous n’y croyons pas, nous l’étudions ». Il préfère la remplacer (note 44) par une phrase absurde : « Le paranormal : nous n’y croyions plus, nous avons la certitude et nous l’étudions », et cela en se basant sur une interprétation d’un ancien membre de l’IMI.
Je maintiens ceci. D’ailleurs, j’avais avant cela une compréhension naïve de votre devise, et je croyais qu’il s’agissait de zététique. Mais en rencontrant différents membres ou anciens membres, mettons 4 ou 5, tous m’ont dit croire fermement en l’existence du psi. A moins d’être tombé que sur des transfuges de l’IMI (il y avait pourtant des grands noms dans mes rencontres) je ne suis pas sûr que la suspension de jugement zététique soit bien le point de départ de la réflexion IMIenne.
Pourquoi refuser à l’IMI sa position de société savante, dont les membres ont des positions différentes sur différents phénomènes, et qui sont bien loin de la croyance inconditionnelle sans justification empirique ?
Je ne refuse rien du tout de ce genre. Disons que je n’ai jamais rencontré de membre de l’IMI qui doute.
C’est pourtant simple : Monvoisin prétend ensuite éviter l’écueil de se positionner uniquement en termes de « j’y crois/je n’ crois pas » pour avoir une démarche heuristique. Il se croit donc obligé de faire un procès d’intention à l’IMI pour gommer la proximité avec sa démarche.
Je n’ai pas compris votre phrase, mais je subodore que vous pointez le fait que chez des sceptiques, il y a une position a priori, contradictoire avec la zététique. C’est vrai, cela arrive. Je ne pense pas tomber dans ce piège dans le cadre de cette critique – et pour ceux qui m’ont rencontré et qui me lisent, cela est assez clair. Je regrette le scepticisme radical quand il n’est pas sourcé, et si je le revendique quand il s’agit de cures contre le cancer qui s’autoproclament sans aucune référence, je suis plus clément sur la parapsychologie – tant qu’elle ne propose pas de thérapie psi ! Il faut dire que votre comportement, GEIMI et IMI, fait beaucoup pour le non-rapprochement des démarches. A l’OZ, il y a des membres qui se sont mis à vous détester rien que par la forme de vos articles, au moins aussi raides que les plus raides articles de l’AFIS. Je vous rappelle que nous fûmes plusieurs à venir écouter M. Varvoglis, rencontrer divers membres, j’avais même demandé à assister aux cours de Rabeyron père, et j’ai été éconduit. Vous avez vous-même crée votre mauvaise presse.
Les travaux de Rhine sont contestés de la même façon, sur la base d’un article du sceptique Michel Rouzé (1980), fondateur de la revue Sciences et Pseudo-Sciences, et qui fait de Rhine l’exemple d’une « étrange inhibition de l’esprit critique qu’entraîne l’attitude de vouloir croire ». Même si Rouzé reconnaît en Rhine un homme de laboratoire méticuleux, « rompu aux contre-épreuves et aux vérifications expérimentales », tout son crédit s’effondre parce qu’il aurait une certitude absolue et irrationnelle de la réalité du psi. L’argument de la croyance irrationnelle aurait alors plus de poids pour expliquer les résultats de Rhine qui ont pu emporté sa conviction. Et pour tout examen, Monvoisin se contente de ramener l’affaire de la jument « Lady Wonder », l’un des premiers travaux des Rhine en tant que psychologue et parapsychologue. Nous avons analysé ce travail sur notre site. On peut y voir que l’attitude de Rhine est loin d’être un fiasco ou une démarche irrationnelle.
Ca tombe bien, je n’ai jamais dit cela.
Il réalise 200 tests dans des conditions de contrôle progressives et obtient des résultats troublants, qu’il publie dans une revue mainstream de psychologie, concluant à l’hypothèse télépathique mais appelant à l’obtention de preuves plus « sécurisées ». D’autres chercheurs font ensuite des expériences avec Lady Wonder, et obtiennent des résultats variables. Rhine décide donc, la même année, de refaire 500 tests qui donneront des résultats non significatifs, ce qui amènera Rhine à publier encore une fois dans la même revue et à conclure que l’animal a perdu sa faculté télépathique, et qu’il faut faire de nouvelles études prudentes en conditions contrôlées avec des animaux ou des hommes. Monvoisin (p.196-197), à la suite de Broch (1985), Christopher (1970), Randi (1995) et Nickell (2002) continue à considérer ce premier travail de Rhine comme un « cas de fourvoiement », illustrateur de facettes de la zététique.
J’ai écrit très précisément ceci :
« Les cas de fourvoiement d’Y. Rocard en radiesthésie et de J.B. Rhine dans l’affaire de la jument Lady Wonder188 sont certainement les plus éclairants : ce sont ceux que nous utilisons en enseignement — le premier sur la partie statistique absolument consternante des travaux189, le second pour introduire ce que Rouzé, fondateur de la revue rationaliste SPS appelait « l’étrange inhibition de l’esprit critique qu’entraîne l’attitude de vouloir croire » :
« La personnalité de Rhine combine ces deux facteurs : d’une part, la méticulosité de l’homme de laboratoire, rompu aux contre-épreuves et aux vérifications expérimentales ; d’autre part, une certitude absolue, hors du rationnel, de la réalité du psi » (Rouzé, la vérité historique du « père » de la parapsychologie, S&V N°755, août 1980).
Allez, au bénéfice du doute, je veux bien abandonner Rhine comme exemple.
Remarquez, s’il fallait pointer simplement le fait du « vouloir croire », je pourrais vous prendre vous comme exemple ! Allez, je plaisante, il y a des cas autrement plus graves que le votre.
Le « pedigree scientifique des pratiquants » (pour reprendre l’expression de Monvoisin, p.214-215) de la parapsychologie concernent-ils de véritables autorités scientifiques ou des pseudo-autorités ? D’après la liste très incomplète donnée par Alcock (1990, p.10-11 ; et reprise par Monvoisin, p.214-215), il s’agit de véritables autorités scientifiques. Pourquoi parler alors de pseudo-autorité ? Parce qu’ils ne sont pas compétents par rapport à la parapsychologie scientifique ?
Je parle de pseudo-autorité entre autres lorsque l’autorité est importée d’un champ vers un autre. Cela peut aller d’Einstein qui donne son avis sur l’art du gratin dauphinois (ce qu’il n’a pas fait, fort heureusement), mais aussi sur Pauling le chimiste, ou Montagnier et ses extraits de papaye.
On en vient subséquemment à cette question : ces scientifiques font-ils des apports au domaine, ou sont-ils simplement utilisés pour leur appétence au psi ? Pour la majorité, il s’agit de personnes qui collaborent aux domaines, réalisent des expériences et les publient, développant donc une vraie compétence. Avant donc d’être des arguments d’autorité jouant sur des idéalisations, ce sont des références empiriques qui sont impliquées. Pourquoi parler alors d’un simple « argument » ? Pourquoi mélanger, à la suite d’Alcock, « les grands noms qui adhèrent trop rapidement à l’hypothèse psi, surtout lorsque l’adhésion se fit sur les démonstrations du préstidigitateur-escroc Uri Geller » (Monvoisin ne cite d’ailleurs que John Taylor, Ph.D., Département de Mathématiques, King’s College, Université de Londres) avec les personnes qui ont pu réalisées des expériences en conditions contrôlées, parfois avec des sujets aussi problématiques qu’Uri Geller ? D’une manière générale, on ne peut pas parler « d’adhésion trop rapide » si on ne montre pas le défaut des expérimentations publiées.
Je suis d’accord avec vous, seulement il y a tellement de choses moisies qui sont publiées, écrites ou diffusées que personne n’est près à passer son temps à tout lire de chaque champ. Le plus simple – mais je vous l’ai déjà dit – serait de faire vous-même le ménage, le tri, et de ne garder que les expérimentations les plus solides. Cela a été tenté de très rares fois, et des gens comme F. Tournus ou C. Ursini ont joué le jeu. J’avais proposé mes services, moi aussi, mais devant vos méthodes douteuses et vos manières de communiquer, je préfère me consacrer à d’autres champs que le votre.
A partir de quel moment le fait qu’un nombre important de grands scientifiques et penseurs soutiennent la parapsychologie est-il l’expression d’autre chose qu’un argument de pseudo- autorité ?
Ce n’est ni en terme de moment, ni de nombre de grands noms. Sinon, la psychanalyse aurait une expertise scientifique, l’Intelligent Design aussi, l’exégèse des textes sacrés également.
Cela ne fonctionne pas au nombre de demi-preuves. Présentez la preuve la plus solide que vous connaissez, je m’y penche, et si mon adhésion est emportée j’adhère à l’IMI.
Ces chercheurs sont reconnus dans leur domaine, et leurs capacités d’observation et de rigueurs sont attestées. Bien évidemment, cela ne peut suffire, car tout le monde peut s’illusionner. Monvoisin pointe à juste titre (p.227) que « l’argument du gratin » (énoncé par Rémy Chauvin, en 1997, sous la forme : « Des hommes de sciences ne peuvent pas tous se tromper pendant des décennies ») a ses limites. Tout le monde peut évidemment se tromper, et même persévérer dans l’erreur. Sauf qu’ici, Chauvin s’identifie aux hommes de sciences qui font des expérimentations. S’il devient illégitime de fonder une connaissance sur l’appareillage scientifique déployée sur des décennies, cela revient à nier un des aspects essentiels de la science. En effet, si ces chercheurs suivent une démarche scientifique, qu’ils expérimentent et soumettent des faits à leurs pairs, ils placent alors la communauté scientifique dans un état de dissonance. L’histoire montre qu’ils sont souvent jugés en traîtres, en hérétiques.
Dans l’histoire, c’est arrivé, assez rarement, mais c’est arrivé. De nos jours traitres et hérétiques sont des discours scénarisés par les médias, ou des adjectifs que s’accolent les intéressés eux-mêmes.
Gardons à l’esprit qu’il y a beaucoup plus d’ « hérétiques » qui finalement ont eu tort que d’hérétiques qui ont eu raison.
L’argument n’a d’ailleurs que peu de valeur lorsque l’on constate que les groupes sceptiques usent et abusent des arguments d’autorité, invoquant des prix Nobel qui seraient de leur côté bien que n’ayant jamais contribué à un travail critique. L’exemple du CSICOP est remarquable : les scientifiques du comité (dont les prix Nobel Francis Crick, Murray Gell-Mann, Leon Lederman, Glenn Seabord et Steven Weinberg) ne sont pas du tout ceux qui animent cette institution, mais ne servent que de cautions. Ils prêtent leurs noms à des campagnes mais commentent rarement en public les questions autour du paranormal. Quand ils le font, ils révèlent souvent une vaste ignorance.
C’est un tu quoque que vous faîtes, Ce n’est pas parce que d’autres le font qu’il faut le faire. Mais je suis d’accord avec vous, et je n’adhère pas à cette démarche du Csicop. Je conteste tellement cet argument d’autorité que dans mon ouvrage sur les élixirs floraux, j’ai refusé de mettre mes titres en 4ème de couverture, vous vérifierez. Je n’accole pas de moi-même la particule Docteur à mon nom, sauf quand cela est fait sans me demander.
Monvoisin n’est pas sans ignorer que de tels recours à des pseudo-autorités ont également lieu en France, puisqu’il lui est arrivé de critiquer à plusieurs reprises le discours du prix Nobel Georges Charpak, qui a cautionné les ouvrages de son co-directeur Henri Broch.
Oui et non.
Oui car effectivement, il y a du marketing dans le recours à Charpak (même s’il est très branché éducation populaire).. tout comme dans « Devenez savants : découvrez les sorciers Lettre à Georges Charpak »,(et non à Broch) de Bertrand Méheust. C’est une logique éditoriale qui prime là, et c’est bien dommage, mais le nom de Charpak assure plus de tirage que celui de Broch, de Méheust, de Monvoisin.
Oui car je sais que la contribution de Charpak vs celle de Broch dans leur ouvrage grand public est faible.
Non car si je critique les propos de Charpak, c’est moins sur cela que sur la forme de ses propos. La zététique repose non seulement sur la démarche, mais aussi sur la manière de la transmettre. Charpak n’est pas très doué pour ça. Mais franchement, vous non plus.
Il est très étonnant de voir Monvoisin perpétuer un travail visant à décrédibiliser ceux qui ont pu apporter leurs contributions à la parapsychologie, plutôt que de critiquer leurs travaux. Ainsi, Brian Josephson est épinglé (p.214) pour avoir donner « une grande audience à son initiation avec Maharishi Mahesh, leader de la Méditation Transcendantale (MT) ». Certes, ce fait est exact, mais l’absence du contexte le transforme en un raccourci association un prix Nobel à une secte. En réalité, Josephson s’est intéressé à la pensée orientale, mais n’en fait pas une utilisation d’ordre spirituelle ou religieuse. Il l’intègre dans une réflexion sur la science et une approche holistique du langage (cf. par exemple : B. Josephson & D. Blair, A holistic approach to langage, 1982). Il n’est d’ailleurs pas le seul scientifique (et prix Nobel) à avoir assisté aux cours du fameux yogi. Depuis 1970, et donc avant son prix Nobel, Josephson a une pratique de méditation et de développement personnel. Peut-on discréditer son travail scientifique sur cette base ?
Non, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne le discrédite pas sur cette base. Peu importe ses travaux, au fond, pour mon propos. Je ne me sers de cet exemple que pour pointer du doigt qu’il faut de la prudence lorsque quelqu’un comme Josephon aussi prompt à plonger dans la MT selon un acte de foi cherche à poser une hypothèse non-matérielle comme le psi. Il doit être aussi fichtrement difficile d’être objectif dans ce cas que lorsqu’on est du Vatican et qu’on enquête sur le « suaire » de Turin.
Monvoisin répondrait négativement à cette question, mais cela ne l’empêche pas de produire ce genre de raccourci.
Je m’engage à toujours faire attention pour éviter de cautionner des raccourcis de ce genre.
Le seul qui y réchappe est Yves Lignon, présenté comme un parapsychologue (p.216) bien que ses ouvrages soit surtout axés sur la vulgarisation. Monvoisin insiste pour que ne soit pas utilisé l’argumentum ad personam « s’attaquant à la personnalité de l’individu plutôt qu’à ce qu’il a réellement dit ou écrit », qui vient « discréditer a priori les faits allégués » (p.216). Il fera pourtant tout le contraire, s’évertuant à documenter la personnalité des chercheurs sans jamais en venir à ce qu’ils ont réellement fait. Après avoir lu les quelques exemples dont nous avons discutés, on ne pourra comprendre la facette Z placée à la fin de cette partie (p.216, « Les faits, rien que les faits, quelle que soit la personne qui les rapporte. ») que comme un autre exemple d’une didactique du « faites ce que je dis, pas ce que je fais. »
Non, non, non. Je vous rappelle que le chapitre est : L’argument de pseudo-autorité. Vous mésemployez l’arg. Ad personam, qui plus est, qui dénonce le fait de s’attaquer à la personnalité de l’individu plutôt qu’à ce qu’il a réellement dit ou écrit. 1) je ne m’attaque pas à la personnalité des gens que j’ai cité, mais à leur autorité discutable 2) le biais est dans le « plutôt » qu’à ce qu’ils ont réellement dit ou écrit. Vous avez tellement envie de faire feu de tout bois que vous feriez d’une brique un combustible.
Monvoisin n’est pas plus capable de citer les études qui vont à l’encontre de sa thèse selon laquelle la parapsychologie se rapprocherait d’une pseudo-science.
Quitte à me répéter, ce n’est pas ma « thèse », c’est celle que vous voulez me prêter. Cela ressemble à la technique du strawman, vous savez, créer une fausse position ridicule à son interlocuteur, défoncer cette position, et estimer par conséquent que l’interlocuteur est une andouille.
Il prête aux parapsychologues une hypothèse ad hoc « immatérielle » qu’il appelle, à la suite de Schaeffer (1998), le phénomène jaloux (c’est-à-dire le phénomène rétif à se produire devant n’importe qui).
Faux. J’écris :
« L’exemple de ad hoc immatériel le plus stimulant chez les zététiciens est ce que le debunker ufologue Schaeffer (1998) appelle le phénomène jaloux (c’est-à-dire le phénomène rétif à se produire devant n’importe qui) expliqué généralement par des « ondes négatives » sceptiques aussi ad hoc qu’utiles en cas d’absence de phénomène. »
Schaeffer est ufologue, mon exemple précédent portait sur R.C. Hoagland et le « visage » sur Mars. C’est dans la citation de Carroll qu’on retrouve l’ESP soupçonnée d’ad hoc. C’est tout.
Il serait évidemment contestable de se réfugier derrière l’idée que les sceptiques produisent des « ondes négatives » qui font échouer les tests scientifiques de phénomènes paranormaux à proximité. Mais quel parapsychologue défend cette idée ? Devant l’absence de référence, nous sommes obligés de contester l’affirmation de Monvoisin :
1) je n’ai pas dit quelque chose d’approchant
2) je n’ai pas dit que des parapsychologues défendaient cette idée
3) je l’ai tout de même entendue régulièrement, certes, par ce que vous n’appelleriez pas des
parapsychologues, qui s’appellent comme cela eux-mêmes.
C’est très fatigant de répondre à des fausses accusations. Tant pis, j’ai promis, je continue.
les parapsychogues, depuis les travaux de la psychologue Gertrude Schmeidler sur l’effet « mouton-chèvre » en 1943, ont mis en évidence que l’attente croyante du sujet et de l’expérimentateur était corrélée avec la taille de l’effet psi. Cet effet est tellement stable qu’une méta-analyse pour 73 études à choix forcées réalisées par 37 chercheurs différents de 1947 à 1993 produisit une valeur de z astronomique de 8,17 (p=1.33 x 10^-16) (Lawrence, T. R. (1993), Gathering in the sheep and goats. A meta-analysis of forced choice sheep-goat ESP studies 1947-1993. Presented Paper. Proceedings of the 36th Annual Convention of the Parapsychological Association, 75-86.). Et pourtant, même devant cette corrélation significative, les parapsychologues ne développent pas l’hypothèse ad hoc d’ondes négatives sceptiques agissant de façon proximale.
Vous m’en voyez ravi.
Mais Monvoisin n’en reste pas là, et il frôle une des questions épistémologiques que se sont posés les parapsychologues : « qu’en serait-il des mesures si l’objet à étudier était justement capable de déformer les mesures ? » (p.92). Il s’embrouille néanmoins très vite puisqu’il ne peut accepter des moyens d’actions sur des mesures qui ne seraient pas mesurables. Cette interprétation est tout à fait paradoxale et erronée.
Aisé de prétendre que je m’embrouille. Partons svp pour une fois de ce que j’ai vraiment écrit :
« Il faut bien se rendre compte que théoriser sur un prétendu phénomène avant d’avoir caractérisé celui-ci revient non seulement à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais à vendre la peau de l’hypothétique Yéti avant de l’avoir vu. Nombre de parapsychologues effectuent ici un effet Cerceau, (…) présumant que la difficulté à caractériser le PSI vient des carcatéristiques dudit PSI, et que les échecs des tests ESP s’expliquent par les sournoiseries d’un PSI non encore prouvé. Il est déjà très souvent arrivé que l’objet d’étude influe sur sa propre étude — la lumière, les trous noirs, les ondes acoustiques des chauves souris — sans que cela pose de problèmes autres que protocolaires.
Il est possible (et non probable) qu’une capacité PSI influe sur un cerveau de telle manière qu’elle fasse échouer ce cerveau aux test PSI. Certes. Mais ouvrir cette porte protocolaire revient à l’ouvrir à toutes les hypothèses ad hoc imaginables, ainsi qu’à tous les appels à l’ignorance ».
C’est un tantinet différent, non ?
Le « psi missing » est une taille d’effet significative (le score z est significativement négatif au lieu d’être significativement positif, autrement dit, un nombre d’erreurs significativement trop important pour être dû au hasard). Son observation passe par les mêmes outils de mesure que le « psi hitting », et il n’est nul besoin d’invoquer un phénomène sournois car non-mesurable. Il est néanmoins important de souligner que la mise en évidence du « psi- missing » s’est fait de manière prédictive (d’abord par Schmeidler) et non rétrodictive (même si Rhine a proposé que l’on teste cette hypothèse à partir de la lecture de ses propres données). Comme nous l’avons déjà indiqué, avant que de propager l’idée que le psi- missing est l’exemple même d’une explication ad hoc des parapsychologues, il serait bon de vérifier si c’est le cas dans la littérature. Nous conseillons par exemple : Rhine, J. B. The problem of psi-missing. Journal of Parapsychology, 1952, 16, 90-129 ; Rhine, J. B. Psi- missing re-examined. Journal of Parapsychology, 1969, 33, 1-38. (Consultable sur Lexscien).
Avant de discuter du psi-missing, discutons du psi. Je vous promets de lire vos livres si d’une, vous lisiez ma thèse non pas à l’arrache mais scrupuleusement, de deux si vous m’invitez à constater une expérience mettant en évidence le psi, qui ne soit pas entachée de fautes, ne soit pas ridicule comme celle avec Maud Kristen à la télévision, bref, qui m’amène au fait « psi ». Seulement après j’envisagerai le psi-missing, et tout l’attirail autour.
Monvoisin pense également que ce que les parapsychologues appellent l’effet expérimentateur « ressemble étrangement à une hypothèse ad hoc non testable » (note 222, p.211). Cela est incorrect pour deux raisons :
Ctrl+F.
Inutile d’aller plus loin, je n’ai pas écrit cela. Ma note dit :
« Voir par exemple Wiseman (1997) sur l’effet expérimentateur, qui ressemble étrangement à une hypothèse ad hoc non testable. »
Ma phrase n’est pas très clair il est vrai : c’est moi, et non Wiseman, qui dit que cela ressemble à une hypothèse ad hoc. C’est une note de bas de page relative au corps du texte où j’écris :
« Nous renvoyons le lecteur aux multiples surgeons du même problème d’influence sur les résultats, que sont les effets Rosenthal ou Pygmalion219, celui de l’usine d’Hawthorne220, l’effet John Henry, le théorème de Thomas221, l’effet expérimentateur — qui fait couler tant d’encre dans les milieux de la parapsychologie222 — et surtout sur l’observer-expectancy effect, que nous avons abordé en cours pour les questions de Kinésiologie et de Communication Facilitée. »
premièrement, parce que les parapsychologues différencient l’effet expérimentateur mis en évidence par Rosenthal dans les études en simple aveugle, et l’effet expérimentateur psi qui pose problème même dans les situations de double et triple aveugle.
Mais je suis d’accord.
Deuxièmement, parce que les parapsychologues en parlent après en avoir fait une étude expérimentale. Monvoisin cite de façon erronée Wiseman & Schlitz (1997, Experimenter effects and the remote detection of staring, Journal of Parapsychology, 61(3), pp.197-207). Cette publication fait partie d’une série d’expériences où un même protocole est administré par une parapsychologue et par un sceptique, avec un pool de sujets similaires. Cette expérience de 1997 montre que les résultats obtenus par la parapsychologue Marylin Schlitz sont significatifs et favorables à l’hypothèse psi, alors que le sceptique Richard Wiseman obtient des résultats conformes au hasard. Cette expérience est déjà une réplication d’expériences antérieures ayant conduit au même constat. (Pour une revue de l’ensemble de ces expériences, cliquez ici) On peut donc logiquement se demander si Monvoisin a lu l’article cité, publié dans une revue de parapsychologie, puisqu’il contredit entièrement son propos au lieu de l’étayer.
Justement, vous surinterprétez. Je mets cette étude justement parce qu’elle est stimulante, en renvoi, à partir d’un corps de texte où je suspends mon jugement. Que vous faut-il de plus ?
Au passage, vous suggérez que je ne lis pas les articles que je cite, ce qui n’est pas du grand art critique. Passons.
La causalité rétro-active
Un autre exemple de méconnaissance de la parapsychologie passe par la critique de la notion de causalité rétro-active (p.92), forme de causalité que pourrait prendre le psi. Les physiciens Mattuck et Costa de Beauregard en avaient discuté à l’aune d’un rapprochement entre parapsychologues et théoriciens de la physique quantique (1979).
Je place personnellement plus Costa de B. comme un spiritualiste que comme un porte-étendard des théoriciens de la physique quantique.
La critique de Monvoisin consiste simplement à rapporter, et à partager, l’incrédulité de Pracontal (2001) devant cette hypothèse. Cette position est intenable sur le plan scientifique : l’incrédulité, ainsi exprimée, n’est qu’une forme de crédulité.
Tout comme chauve est une couleur de cheveux, et la non-collection de timbre un hobby ?
Franchement, vous n’avez lu ma thèse qu’avec la fonction ctrl+F et le mot parapsy, c’est pas possible sinon...
Alors que de nombreuses expériences, d’abord aux USA par Schmidt suite aux propositions de l’ingénieur français Pierre Janin, ont montré qu’il était possible d’étudier une forme de psychokinèse dans le passé. On peut encore critiquer les résultats de ces expériences, mais se contenter de faire croire qu’une position d’incrédulité va de soi est une erreur. En juin 2006, à San Diego, un congrès de l’American Association for Advancement of Science a convié des physiciens et une dizaine de chercheurs en parapsychologie à discuter de la rétro-causalité. En effet, sur cette question, et c’est là une bonne exemple de compatibilité des données de la parapsychologie avec celles d’autres disciplines, physiciens et parapsychologues se rejoignaient, au moins sur le plan théorique, pour admettre la possibilité d’une telle action (Sheehan, 2006).
Pour admettre la possibilité d’une telle action ? Mais tout le monde est d’accord pour « admettre la possibilité » de tout ce qu’on veut. Même Raël nous fait admettre la possibilité d’avoir été enlevé par des ET, on ne peut rien rétorquer là-dessus. C’est un possible purement thermodynamique, si j’ose dire. Mais au fond, vous voulez m’amener à me justifier sur une affirmation que je ne tiens pas. Donc à partir de maintenant, dès que vous me prêtez parapsy = pseudoscience, je passerai à la critique suivante.
La critique de Backster
Dans le même genre, Monvoisin répète ce que Broch dit des travaux de Cleve Backster (International Journal of Parapsychology, 1968) sur la sensibilité des plantes (p.203). Broch parle d’une publication de mauvaise qualité qui ne serait que le compte-rendu d’un reportage, alors que l’article se présente comme une véritable expérience conduite sur trois ans (Monvoisin cite d’ailleurs un travail de Géraldine Fabre qui reprend l’essentiel de ces expériences). Monvoisin se contente de rappeler qu’une reproduction de cette expérience publiée dans Science fut un échec, ce qui ne peut être suffisant pour parler d’un artefact.
?? 1) je ne parle pas d’artefact 2) oui je me contente de rappeler cela, c’est suffisant pour mon propos.
Un Suisse a dit…
Certaines remarques sur la parapsychologie n’ont tout simplement pas leur place dans une thèse : lorsque Monvoisin dit illustrer « l’effet Pangloss version flèche dans l’eau » (p.260) à partir d’une conférence sur la parapsychologie en Suisse en 2005, et qu’il ne donne aucun moyen de savoir de quelle conférence il s’agit et de quel conférencier, l’exemple devient tout à fait factice. En absence de références précises, mieux vaudrait s’abstenir.
Fiouuuu, je commence à sérieusement fatiguer de votre petit procédé...
La conf en question, ce n’est pas que j’ai caché la source, au contraire, j’avais mis une ref que je n’ai pas renseigné. Elle était tellement moisie que j’ai bien fait d’oublier de mettre la ref. Il s’agissait de votre chef, Mario Varvoglis, à Lausanne si ma mémoire est bonne. Comme quoi, j’ai bien fait de ne pas mettre la référence.
La zététique appliquée par Monvoisin se révèle insuffisante pour convaincre de la pseudo-scientificité de la parapsychologie,
Ca tombe bien, ce n’est pas mon propos. Comme prévu, je passe.
Il est donc tout à fait problématique pour une zététique didactique de méconnaître les recherches en parapsychologie,
Pas du tout, ce n’est pas incompatible, tant qu’on ne fait pas de déclaration fracassante sur tout le domaine – ce que je ne fais pas. Dont acte.
Passons aux parties les plus intéressantes, après ces détails à la petite semaine et les procès d’intention.
2. « Abord biaisé de l’épistémologie des sciences et des pseudosciences »
La didactique prônée par Monvoisin s’insère dans un cadre épistémologique délicat : l’opposition sciences/pseudo-sciences. Comme il le reconnaît (p.34) : « les épistémologues ayant toujours eu grand mal à définir ce qu’est la science, définir ce qu’est une pseudoscience et, à plus forte raison, décrire les fondamentaux épistémologiques d’une lecture critique de ces pseudosciences pourrait laisser croire qu’elle dépend du positionnement de départ de celui qui parle. » Il y a donc un vrai problème de définition, mais surtout de détermination des critères opposables permettant de différencier entre sciences et pseudo-sciences. La majorité des épistémologues ont abandonné depuis quelques décennies cette recherche de critères différentiels, consentant à un certain relativisme en ce qu’on ne peut définir absolument la scientificité (cf. Chalmers, 1987 ; Barberousse & Ludwig, 1999).
Inexact. Ces épistémologues ayant renoncé ne sont pas majoritaires, mais peu importe, c’est un ad populum.
Les listes de critères qui ont pu être dressées se sont révélées insuffisantes, en ce qu’elles ne permettaient pas d’éviter les deux erreurs de tout processus de différenciation :
erreur type 1 : considérer comme pseudo-scientifique ce qui serait propre à la découverte scientifique (« Jeter le bébé avec l’eau du bain »)
erreur type 2 : ne pas réussir à distinguer une pseudo-science d’une discipline scientifique (« indifférenciation »)
Ces deux erreurs sont véritablement problématiques, du simple fait que l’histoire des sciences est minée de cas où un jugement tranché « au nom de la Science » (ou de la Raison, etc.) a conduit à une erreur de type 1 (voir l’exemple des ultrasons chez les chauves-souris, dont les preuves furent d’abord rejetées, détaillé dans cet article de Guy Lyon Playfair). Les voies de la science semblent multiples, et c’est aussi pour cela qu’il y a plusieurs disciplines scientifiques avec des méthodologies propres.
Je pense que distinguer ces 2 types d’erreurs n’a pas vraiment de sens, le vrai critère est la lecture internaliste ou externaliste de la validation de la scientificité. Je ne vous ferai pas l’injure de vous en donner la définition, et je suis assez d’accord avec Bourdieu : plus un champ est solidement assis, moins les contraintes externalistes s’exercent sur lui
Un apriorisme sophistiqué
Cette complexité ne semble pas prise en compte par Monvoisin, qui réduit la logique de la découverte scientifique à un processus où il suffit de remplir des cases comme dans une grille de mots croisés (Haack, 2003).
Vous dîtes n’importe quoi, ou alors vous lisez mal. La métaphore de Haack ne parle pas de la logique de découverte scientifique, mais de l’exigence de la preuve et des contraintes de recevabilité. Attention à ce que vous écrivez.
(…) Si bien que prétendre que le savoir est préstructuré
Je n’ai jamais écrit ça.
permet seulement de dire d’une manière sophistiquée que la psychokinèse ne peut pas exister parce qu’elle tombe dans les critères « d’isolement » et « d’incommensurabilité » (p.83).
Je n’ai jamais écrit ça, allez relire et soyons sérieux.
Derrière cette vision de la science comme « une grille de mots croisés » qu’affectionne Monvoisin se cache une épistémologie naïve de l’apriorisme. Cela revient à appliquer le déterminisme laplacien, si suranné depuis la thermodynamique, la mécanique statistique et la mécanique quantique, à la découverte scientifique elle-même.
« qu’affectionne Monvoisin ».... Vous devez faire des rêves humides, parfois, non ? Je commence à comprendre pourquoi la parapsy a du mal à être prise au sérieux, en voyant vos méthodes. Arrêtez l’onanisme intellectuel. Vous faîtes un strawman, vous grimez ce que j’écris.
Curseur Vraisemblance de Broch
(p.85) : les phénomènes étudiés par les pseudo-sciences ne sont pas vraisemblables. Monvoisin précise qu’il y a risque de déformation culturelle, la « vraisemblance » ne devenant relative qu’à une culture « non éclairée par l’information contradictoire qui se rapproche dangereusement du préjugé ». Il prétend donc que, pour bien placer le Curseur Vraisemblance, il faut se poser à la position rationnelle de celui qui évalue « "en connaissance de cause", c’est-à-dire avec toutes les connaissances attenantes nécessaires pour juger » (p.85). Il faudrait donc une érudition totale, laplacienne, pour placer avec certitude le Curseur Vraisemblance.
Non, ce n’est pas ça. Soit on a tous les éléments en main, et on place son curseur, soit on le suspend. Il faut juste être conscient que le suspendre souvent est nécessaire.
Parcimonie des hypothèses
De ce critère insuffisant en découle un autre, celui de la parcimonie des hypothèses. Il s’agit de « trier rationnellement entre un scénario saugrenu et une hypothèse recevable » (p.96). Mais il faut de nouveau occuper la position d’une Raison absolue omnisciente, et ne laisser aucune place à la découverte incongrue.
Votre phrase ne veut rien dire. Même une découverte incongrue permettra de faire une hypothèse recevable et testable.
Critère de la proportionnalité du poids de la preuve
(p.87-89) : Monvoisin s’approprie la maxime selon laquelle « des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires », et en fait l’historique jusqu’à Hume. Il ne mentionne qu’une seule critique de ce principe, mais qui nous semble décisive (p.89) : « Ce point de méthodologie soulève bien des débats dans les milieux sceptiques, dans la mesure où l’"extraordinarité" d’une allégation est difficile à évaluer, et où l’"extraordinarité" d’une preuve peut être discutée (d’une manière probabiliste) : W. C Harvey (2005), répondant à Pigliucci, pointe du doigt le fait que la fusion froide par exemple, ne nécessite pour exister qu’une bonne preuve thermodynamique qui n’a rien d’extraordinaire. La méprise relève ici de l’effet paillasson : la preuve n’a besoin d’être extraordinaire qu’au sens de rigueur maximale. » Ainsi, la notion d’« extraordinarité » n’a aucun fondement scientifique, mais relève d’un relativisme culturel ou d’une pondération probabiliste personnelle. Si Monvoisin conclut qu’elle peut se réduire, par un « effet paillasson », à la question de la « rigueur maximale », et qu’elle n’a donc rien à voir avec des attentes en termes de taille d’effet au-delà des normes courantes, alors cela peut montrer que l’usage qui est fait de cette maxime par les sceptiques est souvent erronée. Et, s’il s’agit seulement de « rigueur maximale » (et que la notion de « maximale » ne fait pas que reproduire le relativisme précédent), alors le problème n’est pas du tout spécifique aux allégations extraordinaires : il n’y a aucune raison scientifique d’accepter une preuve – quel que soit le phénomène – obtenue avec une rigueur moyenne ou médiocre.
Je suis presque d’accord avec vous. Mais vous oubliez la 1ère partie, la prétention ou affirmation extraordinaire. C’est de ça qu’il faut partir. Les effest du psi actuellement dans ma vie sont très maigres puisque je n’ai jamais eu la nécessité de théoriser dessus. Mais si vous prétendez qu’il existe alors que je n’en ai pas du tout d’expérience, je réclame une preuve supérieure à la normale, qui comble l’extraordinarité de votre prétention semble-t-il non étayée. Relire Hume, il dit ça très bien
Critère du « small effect »
(p.96-97) : le prix Nobel Langmuir, dans son travail sur la « science pathologique » donne plusieurs critères de distinction inefficaces, dont celui de « l’effet ténu à faible significativité ». Si un phénomène étudié n’est pas frappant, alors la science qui l’étudie est pathologique. Monvoisin note bien que cela pathologiserait la physique des hautes énergies qui montre aussi des phénomènes ténus mais détectables. Le critère est donc réorienté par Monvoisin (p.97) : « Ce n’est donc pas le ténu d’un phénomène qui doit être évalué, mais le décalage entre ce ténu et la largeur du champ phénoménologique prétendument couvert. » Cela est tout de même problématique (au sens d’un fort risque d’erreur de type 2) dans le sens où les conditions artificielles du laboratoire ne permettent pas toujours de reproduire le milieu complexe où ont d’abord lieu des effets naturels, d’autant plus lorsqu’ils sont spontanés, ce qui est particulièrement le cas dans les sciences sociales et psychologiques.
Mais je suis d’accord avec vous, ce n’est pas le ténu qui compte, mais le caractère « fuyant », la « fuyantité » du phénomène, sa capacité à glisser des mains, des microscopes et des sondes. Vous remarquez bien quand même que c’est aussi un excellent pretexte pour expliquer de ne rien trouver.
« On peut toujours incriminer l’appât quand on pèche le monstre du Loch Ness » (proverbe monvoisinien
Critère de l’irréfutabilité
(p.103) : le critère de Karl Popper a été largement critiqué car, bien qu’il se révèle utile contre les systèmes de pensée comme le Marxisme ou la psychanalyse freudienne, il implique des erreurs de type 2 pour de nombreux champs classés du côté « scientifique ». Monvoisin l’exprime dans une affirmation auto-destructrice (p.103) : « L’irréfutabilité des pseudosciences fut le premier critère (non suffisant) de démarcation science / pseudoscience. »
Pas compris ce que vous contestez
Critère des hypothèses ad hoc
Langmuir considérait comme pathologique le fait de produire des hypothèses après avoir observé un phénomène, car cela laissait place à des fantaisies imaginaires ressemblant à des excuses, et non à une démarche théorique prédictive. Néanmoins, comme le conçoit Monvoisin à propos des critères de Langmuir en général (p.90, et note 94 p.90) : « Ces critères sont désormais connus comme insuffisants. Rhodes a montré par exemple que les critères de Langmuir auraient tout à fait correspondu à la découverte des prions par Prusiner. Voir Rhodes (1997), p. 54. »
Donc ?
Critère de la stagnation théorique et de l’enfermement dogmatique
(p.104) : Monvoisin décrit ce critère comme probablement le plus important, bien qu’à retardement : « une pseudoscience se distingue d’une science par le fait qu’elle a tendance à rester immuable dans le temps, ses défenseurs ne fournissant pas d’évolution et se drapant dans un traditionalisme (voir 4.3.3 L’argument d’historicité – éloge de l’ancienneté) déférent vis-à-vis du ou des fondateurs. Pis, elle présente une absence de correction interne (lack of self correction) : un signe de pseudoscience est la non prise en compte des contradictions ou des faits allant son encontre, à l’image de la résistance intellectuelle aux idées contraires chez un individu. » Cela semble être effectivement une caractéristique décelable dans certains domaines comme l’astrologie. Mais est-ce vraiment spécifique ?
L’épistémologue Imre Lakatos a montré que non. Il a souligné que, le plus souvent, face à un résultat qui remet en cause leurs conjectures, les scientifiques commencent par développer des stratégies immunisatrices. Le dogmatisme serait donc une caractéristique intrinsèque des systèmes scientifiques : ceux-ci seraient divisés en un noyau dur (une tradition intouchable) et une ceinture protectrice d’hypothèses auxiliaires.
Non, vous confondez la résistance des scientifiques externalistes (pour la gloire par exemple) et la résistance purement épistémologique – comme les controverses sur les interprétations de Copenhague. Je ne dis pas non plus que ce critère est spécifique, comme vous dîtes – si c’était le cas, le problème serait réglé. C’est le faisceau de ces critères non-spécifiques qui éclaire la pseudoscience. Un peu comme pour la définition d’une secte, dont aucun critère précis significatif n’éxiste, mais qui en possède presqu’une dizaine qui, tous là, inquiètent.
La parapsychologie : une pseudoscience ?
(…) N’y a-t-il pas une démarche empiriste auto-correctrice et une démarche théorique prédictive en parapsychologie ? On ne trouve à aucun moment, dans cette thèse, la démonstration du contraire.(....)
Ah non ! Stop ! On a déjà passé du temps là-dessus, alors que ce n’est nulle part mon propos. Je ne réponds pas à ce passage, qui n’apporte rien d’autre qu’un procès d’intention
L’alternative des parasciences
Néanmoins, il serait faux de conclure que cela fait de la parapsychologie une science. D’autres alternatives sont possibles : le sociologue sceptique Marcello Truzzi en parlait comme d’une proto-science ; le sociologue des sciences Pierre Lagrange en parle comme d’une parascience. Mais Monvoisin refuse ces alternatives qui lui seraient pourtant utiles (p.81). Il refuse ce relativisme minimal des épistémologues concédé devant l’impossibilité de définir dans l’absolu ce qui est science et ce qui ne l’est pas.
Mais non ! Définir la pseudoscience par un faisceau de critères, c’est possible. Définir la science, c’est très possible, en une phrase « c’est ce qui décrit le mieux une gamme de phénomènes à un moment donné, et qui permet de prédire ces phénomènes dans une certaine mesure ». Pas besoin de relativisme minimal, comme vous dîtes
Il rejette donc une conception « statistique » de la science, comme celle portée par la notion de « parascience », alors que celle-ci est plus à même de ne pas tomber dans les travers des erreurs de type 1 et 2.
Je ne vois pas l’intérêt, et je reprends ce que j’ai écrit p 83 :
« C’est ce point que « noie » l’appellation parascience, que nous trouvons malheureuse (chez Lagrange par exemple) car elle laisse à penser qu’il y a une science parallèle, avec d’autres critères, une autre « rationalité ».
Pour résumer, je crois qu’il n’y a pas de méthode de découverte, ni de vraie logique. Par contre, une fois cerné, l’artefact peut être testé, et ce quelque soit l’objet : je suis moniste sur le plan méthodologique.
Parler de parascience, et non uniquement d’une opposition science/pseudoscience, est plus conforme à la pensée zététique car cela implique de ne pas faire l’économie de l’examen, d’admettre que de véritables phénomènes scientifiques peuvent être produits ailleurs que dans le champ traditionnel.
Je ne suis pas de votre point de vue. Ce n’est pas une question de champ traditionnel ou non, c’est une question de méthode. Parascience instille, comme sciences dures/molles, la fin du monisme méthodologique.
Tandis que Monvoisin plaide pour un monisme de la science, ne souffrant pas de « science parallèle », de pluralité des épistémologies et des rationalités (p.81).
C’est exactement ça.
Son travail sur l’esprit critique lui donne raison, car de nombreux effets de la zététique sont des propositions logiques universelles. Mais cette universalité est à double tranchant : l’esprit critique peut s’appliquer à toutes les revendications, scientifiques, pseudo- scientifiques et aux revendications intermédiaires (sceptiques et anomalistiques). L’association entre zététique et critique des pseudo-sciences est plutôt un mariage arrangé, et d’ailleurs Monvoisin montre bien que la zététique s’applique également au discours de vulgarisation scientifique. A quelques rares moments, il emploie même cet esprit critique face à des assertions sceptiques ou scientifiques.
Bien plus souvent que vous ne le pensez.
Nous nous trouvons effectivement dans une situation générale : le schéma de la pseudo- science décrit par Monvoisin (p.81) est en fait celui de la pseudo-scientificité, soit un processus dynamique partant d’une revendication et suivi par un examen qui montre si sa portée est universalisable. Et il est possible, dans ce cadre, qu’une revendication concernant la façon même de concevoir la science soit évaluée et conduise à des réaménagements. L’histoire des sciences compte plusieurs événements de ce genre, semblant montrer que la science évolue, dans ses parties comme en tant que tout.
Euh, je ne vois pas où vous voulez en venir
On regrettera que les critères de démarcation utilisés par Monvoisin ne soient pas issus des recherches épistémologiques (surtout anglo-saxonnes), mais directement des ouvrages sceptiques (p.81). Leur validité et leur fiabilité n’a donc pas fait l’objet d’examens, et ils se prêtent plus à l’illustration choisie qu’au test, contrairement à ceux sélectionnés par Marie- Catherine Mousseau, qui ont pu être appliqués dans une comparaison entre des revues de parapsychologie et des revues mainstream. Elle a pu conclure que les revues de parapsychologie respectent au moins autant les standards de publication scientifique que les autres revues (Science, recherches sur le paranormal et croyances irrationnelles : quel est le lien ? Mémoire de Master de Communication Scientifique, Université de Dublin, 2002). Mousseau remarque d’ailleurs que (p.57) : « Les scientifiques usent beaucoup de critères épistémologiques pour reléguer la parapsychologie dans le domaine des pseudosciences. Ce ne sont en fait que des outils rhétoriques, qui sont difficilement applicables, même à leurs propres travaux. » Le même problème se pose ici.
Pour l’avoir lu et disséqué, le travail de MC. Mousseau est assez... bon je vais être franc, médiocre est le mot ; et bien en deça de vos exigences à vous d’ailleurs, cela devrait donc vous sauter aux yeux, et vous faire écrire une tonne de commentaires. Voir ma remarque plus haut sur le ration faits / fraudes ou standards : ce qui pèche, n’est pas le standard, mais le manque de résultat manifeste. Une question me vient à chaque fois que je pense à vous : pourquoi donc dans un contexte de guerre économique incessante, des labos laisseraient-ils un tel champ si prometteur à vous croire, de côté ? Le psi, s’il existe (ce dont vous ne doutez pas) serait un sacré blockbuster !
3. « Les éléments d’un militantisme qui est regrettable dans ce contexte éducatif »
Militance et éducation
Monvoisin nous livre dans sa thèse quelques informations sur son adolescence, baignée dans le monde du « paranormal », adhérant à toutes les gnoses et spiritualismes chamaniques, explorant les capacités extra-sensorielles et les dons d’auto-guérison, lisant Koestler, Castaneda, Coehlo, La gnose de Princeton de Raymond Ruyer… (p.14, p.326- 327). De cet intérêt juvénile, nous pourrions inférer un intérêt actuel anaclitique, à partir des nombreux exemples que le scepticisme militant nous a déjà donnés (Broch, Deguillaume… pour une analyse d’un tel revirement, voir notre article). Mais cette inférence ne serait au final qu’une interprétation.
Ouyouy, je ne savais pas que vous tombiez aussi dans la psychanalyse de comptoir : anaclitique, c’est Spitz, c’est l’amour/haine. Merci de vous inquiéter pour ma santé mentale, mais je vous rassure, ce n’est pas du tout le cas. Si une TCI aide quelqu’un à aller mieux, à défaut de rien d’autre de disponible, pourquoi pas. Si croire en Dieu amène des syndicalistes polonais, des Noirs US ou des prêtres au Guatemala à se lever contre les tyrannies, tant mieux. C’est le refus de la domination de gens qui disent savoir vs ceux qui les croient qui me débecte, pas la pseudoscience à proprement parler.
La zététique apolitique
Tout d’abord, nous nous accordons avec Monvoisin pour rendre la zététique a-politique (p.70) : « La zététique promouvant une démarche critique d’investigation scientifique rigoureuse, il est quasiment impossible d’en détourner politiquement le propos ni le ton, à moins que ses praticiens ne se prêtent au jeu des médias. »
Non non non ! Contrairement à la plupart des zététiciens, je pense que la zététique ne peut être détournée politiquement, mais ça ne la rend pas apolitique, au contraire. C’est la gelée royale de l’éducation populaire. Et l’éducation des gens est ce qui les libère, donc c’est fortement orienté politiquement, par essence. A mon avis.
La méthode zététique matérialiste sceptique est, à cause de la clarté de ses critères de scientificité, son ontologie et son épistémologie claires, très peu malléable et offre au champ du ‘paranormal’ une stabilité qu’il n’avait pas.
Je n’ai pas compris ce que vous voulez dire.
Sociologiquement, la zététique et son cadre philosophique sont une garantie intéressante d’une « apolitisation », au sens de Bourdieu, du champ de ‘paranormal’. » Toutefois, il peut y avoir des actions de militantisme au-delà même d’une politique explicite.
Je n’ai pas compris.
La thèse de Monvoisin nous semblent d’ailleurs reposer sur plusieurs thèses implicites qui peuvent légitimement être interrogées par rapport au cadre éducatif dans lequel elles se déploient :
La thèse de l’opposition Matérialisme-POMO
La première thèse est une opposition de cadres philosophico-épistémologique (l’expression est donnée p.33). Monvoisin instaure une dichotomie entre sa vision d’une zététique matérialiste (la doctrine matérialiste étant exposée brièvement p.49-51 ; cela ne l’empêche pas de se revendiquer également d’un socioconstructivisme cognitif, p.31) et le problème du post-modernisme (rebaptisé POMO). Cette opposition se déroule sur deux niveaux qui sont souvent confondus : le premier est sur le plan épistémologique, où Monvoisin critique ce qu’il rattache au POMO et qui tend à faire s’écrouler le fragile faisceau de critères démarquant sciences et pseudo-sciences (p.76) ; le second est sur le plan métaphysique, où Monvoisin réalise sa profession de foi tout en attribuant au matérialisme la qualité d’être « un rempart efficace aux intrusions spiritualistes » (p.59) bien qu’il admette que « le niveau de connaissances nécessaire pour en critiquer les fondements est élevé, voire très élevé. » (p.59) Adhérer à cette théorie
Il ne s’agit pas d’une théorie, mais d’une ontologie matérialiste. Elle ne se remet pas en cause en soi, sinon tout le socle scientifique s’écroule.
alors qu’elle paraît difficile à remettre en cause revient vite à faire un usage défensif du matérialisme, et le champ lexical de la guerre est d’ailleurs prégnant dans cette thèse. Par exemple, Monvoisin se rapproche de Baillargeon et de son Manuel d’Autodéfense Intellectuelle, et associe la critique de certains intellectuels, « l’attaque » pseudoscientifique et ses conséquences « tragiques » : « Nous disons que les discours relativistes maffesoliens ne sont pas dangereux per se, mais tout comme certaines activités du corps, abaissent les défenses et désarment l’individu face aux sollicitations pseudoscientifiques. Comment, lorsque de grands noms universitaires comme Maffesoli ou Lenoir incrustent l’irrationnel, lorsque Prigogine vante le changement de paradigme prochain et la fin des certitudes, lorsque Stengers piétine la science et lui dénie toute spécificité vis-à-vis des méthodes intuitives, des transes chamaniques, comment expliquer ensuite leur erreur aux individus qui se commettent, commettent leur santé ou celle de leur famille et corrodent leur compte bancaire en souscrivant à des pseudosciences ou des pseudomédecines ? On se retrouve dans un cas de figure très proche des injonctions papales à l’abstinence plutôt qu’à la contraception : l’injonction est assez mal justifiée, et les conséquences sur la population sont tragiques. » (p.129) Ne quitte-t-on pas ici le champ de la science pour celui de la militance sociale ?
Question intéressante, la 1ère dans votre critique. Je m’inscris toutefois en faux : il ne s’agit pas de guerre, il s’agit d’autodéfense légitime. Je ne parle pas de « combat contre les pseudosciences », mais de défendre un cadre conceptuel du monde exempt d’hypothèses spiritualistes qui, si on en n’accepte qu’une, font s’effondrer tout le reste. Bien sûr qu’il s’agit de militantisme social, de la même manière que défendre la laïcité n’est pas attaquer les croyance – en tout cas je fais une grosse nuance. Il n’est indirectement pas neutre politiquement de défendre l’ilot de connaissance du réel tel qu’il est. Directement, c’est neutre (si on excepte que la science est mue par diverses volontés, notamment technologiques, mais la construction du savoir, elle, est neute) mais indirectement, il s’agit d’évacuer la serpe d’or, Dieu, les devas de la terre, qui eux, sont mus en droite ligne par des courants politiques conservateurs, réactionnaires, et souvent religieux.
Le vocabulaire assez imagé est monnaie courante dans les ouvrages qui servent de références à ce discours : la science y est une forteresse attaquée de toute part par des intrusions spiritualistes, quelques brèches ont été ouvertes (les fameux « Interstices Pseudo- Scientifiques », ou Ips), et il s’agit de les refermer pour d’obscures visées morales.
Non pour la forteresse, je ne dis pas cela. Je dis par contre que la connaissance réaliste du monde est la seule base sur laquelle bâtir de la liberté. L’ontologie matérialiste est un bastingage, auquel on peut s’accrocher sereinement, et sortir de l’eau dont les courants sont plutôt traîtres. Pas d’obscure visée morale là-dedans.
On peut comprendre que Monvoisin côtoie les nombreux abusés du charlatanisme pseudo- parapsychologique, qu’il ait lui-même baigné dans un paranormal pour adolescent, mais ce discours personnel et victimaire
Victimaire ? Définition : 1) celui qui faisait les apprêts du sacrifice, et qui frappait les victimes 2) Qui a rapport aux victimes, aux sacrifices (Littré). Vous pensez une seule seconde que je suis un chevalier blanc, sabre au clair, mû par un désir de vengeance contre ceux qui m’ont trompé ? C’est se fourrer le bras dans l’orbite jusqu’à la nuque.
n’a pas sa place dans une thèse de didactique des disciplines scientifiques.
Oh que si : cultural et gender studies ont ce scrupule de toujours préciser qui écrit, provenance, sexe social, etc. En science, ce n’est pas nécessaire, mais en didactique si, il s’agit d’une science humaine. En l’occurrence, généraliser cette façon de faire permettrait d’afficher les conflits d’intérêts, comme la loi oblige en théorie les personnels de santé à le faire avant toute prise de position publique.
Comme la discussion scientifique n’est pas close, une telle attitude conduit trop souvent à conspuer les contradicteurs potentiels, à les pathologiser, à les ridiculiser, à préjuger de leurs intentions.
??? Je n’ai pas compris à quoi vous faîtes référence.
Ce militantisme est une sortie de route par rapport à la possibilité d’un dialogue entre scientifiques.
??? Même chose.
Ainsi, il y a rupture du dialogue avec les « relativistes post-modernes » : leurs arguments ne sont pas discutés, mais on dénonce par exemple le fait que Stengers ait participé à un colloque où s’exprimait, outre le philosophe et sociologue Méheust, la voyante Maud Kristen et la représentante du mouvement de néo-sorcellerie Starhawk. Qu’ont-ils dit ou qu’ont-ils fait ? On ne sait pas.
Avouez-le, vous avez lu à l’arrache. Je l’ai expliqué clairement. Vous faîtes la même erreur avec ce « dialogue » que les concordistes et les pro-Intelligent Design.
Pour Monvoisin, ils viennent simplement justifier que l’on agite une bannière unique dans le combat contre « relativisme cognitif – métapsychique – voyance – pseudo-féminisme essentialiste – mysticisme New Age » (p.57).
Le coup de la bannière est de vous, pas de moi. Mais il s’agit d’une mouvance assez homogène, qui ébrèche le savoir selon des modes annihilant tout réalisme.
Le dénigrement frise le ridicule
Procès d’intention, je me demande où vous trouvez que je dénigre quelqu’un
lorsque Monvoisin « fait la moue » dès lors qu’il doit utiliser la notion de « concept nomade » d’Isabelle Stengers (note 146 p.154, et p.155). Inutile de rappeler la facette Z de la page 216.
La moue ? Pas compris. La facette en question, c’est : « Les faits, rien que les faits, quelle que soit la personne qui les rapporte. » Donc peu importe Stengers ou tartampion. Les faits, au sens juridique, c’est que le POMO sape la connaissance, donc notre rapport à la liberté.
La thèse de la prophylaxie des pseudosciences par la critique des couvertures de magazine
La seconde thèse est l’hypothèse de travail, énoncée comme une critique de la vulgarisation scientifique faisant office de critique des pseudosciences (p.129) : « L’objectif, rappelons-le, n’est pas de conspuer la vulgarisation scientifique, ni d’édicter des règles d’orthodoxie de transmission de l’information. Il est de sortir de la critique frontale des pseudosciences, et de remonter à leurs sources, dont l’une est cette transposition plus démagogique que didactique. Nous aimerions que tout individu souhaitant prendre de l’information scientifique puisse le faire en connaissance de cause. » Faire de la vulgarisation scientifique une des sources des pseudosciences est une idée étonnante ;
Pas plus que de penser que les médias ont un rôle dans les idées reçues sur l’immigration ou sur la géopolitique. C’est une thèse largement argumentée par Chomsky, Bricmont et bien d’autres.
plus étonnant encore est le choix de sortir de la « critique frontale des pseudosciences », comme si le tour de la question avait été fait, et alors même que Monvoisin reconnaît aux pseudosciences un développement argumentaire rationnel (p.320).
De l’art de tronquer les citations. J’ai écrit p 320 :
« Passons sur le fait que la plupart des pseudosciences, qui sont le corps de notre critique, ne sont pas irrationnelles — leur prémisse est généralement fausse, mais le développement est généralement rationnel. »
Comment la prophylaxie des pseudosciences peut-elle se faire autrement qu’en examinant leurs revendications ? C’est tout le défi relevé par Monvoisin.
L’hypothèse de travail se décline en deux temps :Hypothèse n°1 : Les processus de fabrication de l’information scientifique médiatique sont poreux, piqués d’Interstices Pseudoscientifiques (Ips) qui sont autant de brèches pour des postures non scientifiques.
Hypothèse n°2 : Utiliser ces Ips et leur critique permet de développer une pédagogie zététique et la fabrication chez l’étudiant d’une autodéfense intellectuelle sceptique.
Ce qu’il y a de surprenant avec la première hypothèse, c’est que la fabrication de l’information scientifique a toujours été une forme de travestissement, avec une argumentation beaucoup moins efficace que l’original. N’est-il évident d’y trouver quelques lacunes ?
Si (donc vous êtes d’accord avec moi sur ce point-là). Ce qui ne l’est pas, c’est que la grille de travestissement n’est pas précisée, et on nous fait croire en une vulgarisation « pure » de toute velléité. Tout comme un article sur l’Irak dans le Monde ne remplacera par la vie sur place.
D’autant plus que Monvoisin ne travaille pas systématiquement à partir des œuvres de vulgarisation, mais surtout à partir des maquettes des magazines populaires. Là encore, le travail du maquettiste ne s’éloigne-t-il pas forcément de l’argumentation scientifique ?
Si, bien sûr. Mais les grilles de fabrication doivent être précisées. De même qu’on ne fait pas croire aux enfants que les meules de fromages poussent dans les arbres. Et elles ne le sont nulle part, ce qui maintient le public dépendant.
N’y a-t-il pas un risque d’aller « contre la culture », de critiquer le recours mercantile au spectaculaire et au mélange des genres, alors que ce n’est l’expression locale du marché ?
Exactement. C’est ce que je souhaite, aller contre « cette » culture (LA culture n’existe pas, il me semble) – et à l’inverse votre discours est libéral complet, au sens philosophique comme économique. Je souhaite que la connaissance ne soit pas un marché. C’est beau de rêver. Finalement, je suis idéaliste politique, quoique matérialiste ontologique. Je ne crois pas que ce soit contradictoire.
C’est surtout qu’il est difficile d’imaginer un lien ténu entre les impératifs qui guident le travail du maquettiste et les intrusions pseudoscientifiques.
Peut être pour vous. Je crois l’avoir montré dans ma thèse. Les croyances des gens, et même leurs choix sanitaires (pensez à la grippe A) sont fortement reliées à la vulgarisation qu’on leur injecte
Plus surprenant encore est ce que Monvoisin propose en remplacement, en termes de zététique didactique. Il souhaite rétablir un langage monosémantique et véritablement scientifique (p.136),
Du moins dans le champ des connaissance, pas ailleurs. D’ailleurs ce que j’écris est plus précis que vous, vous tronquez encore :
« pointer les risques pseudoscientifiques de certains termes et s’assurer que l’emploi qui est fait de ceux-ci ne souffre pas d’ambiguïté, afin qu’une domination langagière ne s’instaure pas entre celui qui se sert d’une ou plusieurs acceptions d’un terme et son public/lectorat. »
Mais qu’est-ce au fait que ces effets Z ? Ce sont des formes de raisonnement échues de la psychologie, de la logique ou de la linguistique, mais détournées de leur milieu initial dans une visée d’enseignement. Ainsi, au lieu de parler de « métonymie », Monvoisin utilise, à la suite de Broch, l’expression d’ « effet paillasson », censée être « plus facile à retenir » (p.137), bien qu’elle conduit inexorablement ce concept linguistique vers un sens métaphorique non maîtrisé.
Au contraire, si le sens métaphorique est bien expliqué, précis, monoacceptif, il n’y a plus de problème.
Il en va de même pour la « tautologie », devenant « effet Cerceau », la « fausse causalité » changée en « effet Atchoum », « l’effet expérimentateur psi » devient « le phénomène jaloux », etc.
Oui, d’une pierre deux coups 1) c’est simple 2) la métaphore est précise et limitée. Les termes savants préalables excluent d’emblée les gens qui ne sont pas habitués au latin ou aux locutions.
C’est là un paradoxe de cette thèse : comme le maquettiste ou le vulgarisateur scientifique, le zététicien affronte le problème de la transmission de l’information. Et comme eux, il constate que (p.319) : « l’efficacité de la pédagogie zététique est d’autant accrue qu’elle utilise : des images simples et marquantes pour les esprits, une terminologie mnémotechnique permettant de repérer puis de nommer un sophisme ou un biais de raisonnement lorsqu’il est rencontré, et surtout des objets d’études qui captivent tant par leur caractère fantasmatique que par le fait que les connaissances mises en jeu peuvent aisément sortir du cadre enseignemental. Il est utile pour le réinvestissement des connaissances des étudiants que de leur offrir du matériau quotidien à discuter hors-classe, des thèmes "extra-ordinaires" à se mettre sous la dent en famille, ce que tous les objets d’enseignement ne permettent pas facilement. » Ainsi, l’efficacité de la zététique passe par le spectaculaire de son enrobage, la même chose que Monvoisin critique de la part de magazines comme Science & Vie.
Je pense que vous devriez aller à Ultimate Z, vous gagneriez le concours de mauvaise foi. Je me répète mais tant pis : je n’ai rien contre les métaphores et les analogies, tant qu’elles sont précises et limitées bien clairement. C’est tout l’apport de Jacques Bouveresse par exemple. Vive les métaphores, les mises en scène, mais avec les explications ! Un peu comme il est normal qu’un magicien ne fasse pas croire qu’il est médium, et précise qu’il y a des « trucs »
Or, nous avons pu voir que la zététique didactique développait également un nouveau vocabulaire, déformant des concepts scientifiques ; des scénarios imaginaires transmis d’auteur en auteur à la manière des mythes (cf. tout ce que Monvoisin répète sans examiner) ; que les exemples sont choisis en particulier dans « le paranormal comme support pédagogique », alors que l’esprit critique s’applique partout. Si bien que la zététique peut aussi se concevoir comme une marchandise, dans un monde où connaissances et croyances sont des produits (selon une métaphore de travail du sociologue Gérald Bronner, 2003). On aurait apprécié une dose de réflexivité du travail critique, une analyse de la manufacture de la pensée zététique qui semble pouvoir se permettre tout ce qu’elle reproche aux autres.
Si j’avais grimé un quelconque champ de connaissance, alors vous auriez raison. Je ne l’ai pas fait. De toute façon, le problème de la transmission des connaissances, même dans cette thèse, même dans votre critique, passe aussi par une mise en forme. Vous m’appellez Monvoisin, vous n’utilisez pas de gros mots, j’écris « nous », j’essaie de ne pas faire de faute, j’essaye d’être clair, etc. Et pire, je ne viens pas en jean troué à la soutenance et je me peigne (ce dernier point n’est pas sûr, quand j’y pense)
Imaginons par exemple que, dans la citation suivante, Monvoisin parle en fait de la zététique didactique (p.268) : « Si scénariser la science, par le caractère affectivement stimulant, facilite beaucoup l’appropriation des faits présentés, cela contribue aussi à ancrer les misconceptions, voire à dévoyer l’entreprise d’éducation scientifique (figure 100). Les scénarios développés sont, contre toute attente, très souvent les mêmes pour un champ de connaissance donné, et "figent" les objets (trou noir = ogre tapi dans l’ombre, par exemple). Outre le problème des déviations pseudoscientifiques que nous allons aborder ci- dessous, la régularité scénaristique que nous avons découverte pose le problème du stéréotypage et de la fabrication des préjugés sur la science et son épistémologie. » Cela semble fonctionner, d’autant plus après la manne de « misconceptions » de la parapsychologie décelées dans ce travail.
Si mon propos avait été de centrer sur la parapsy, alors votre attaque serait recevable. Elle ne l’est pas, et c’est me donner beaucoup trop d’importance que de penser que j’ai le pouvoir de la décrédibiliser. D’autres le font bien mieux que moi pour la parapsy, j’ai l’impression.
Monvoisin se dédouane tout seul du fait de n’avoir étudié que la surface des choses, à savoir les couvertures des magazines (p.322)
Je me dédouane ? De quoi ? J’ai limité mon sujet, c’est tout. Rhhaaa, je ne devrais même pas répondre à ça.
: « Bien sûr, il aurait été instructif de multiplier les comparaisons entre la tenue du traitement d’une information sur la couverture puis dans l’article, mais ce n’est pas exactement ce que nous cherchions : plutôt que de désigner d’éventuels coupables, nous avons voulu nous situer exactement à l’interface entre l’individu consommateur et la "surface" de l’information telle qu’elle est proposée. En cela, la couverture est le phénomène principal, puisque c’est elle qui séduit, encourage ou rebute. Elle est construite pour coller au goût, pour servir de publicité. » On peut penser que c’est accorder beaucoup d’importance à la forme et bien peu au fond, de présumer de beaucoup ce qui décide le lecteur d’acheter un magazine, mais un publiciste pourrait réussir à nous convaincre du contraire.
Alors vous devriez lire les études d’impact et de lecture des magazines, il y a un paquet d’études là- dessus qui auront tôt fait de vous convaincre
La thèse de l’utilité sociale de la critique des pseudosciences
La troisième thèse est formulée implicitement comme une critique des pseudosciences à visée sociale, répondant à une urgence et à une dramaturgie (p.325) : « Je ne sais pas s’il sera un jour possible de faire de l’esprit critique et de la zététique des enjeux sociétaux et une préoccupation vraiment scolaire. M’est avis, devant les drames occasionnés par les diverses croyances pseudoscientifiques, que le monde y aurait pourtant un certain intérêt. » L’hypothèse soutenant ce discours est que la critique des pseudosciences permet de diminuer leur dangereuse diffusion dans la société.
Exact – du moins c’est ce que je dis, et pour une fois, la citation n’est pas tronquée.
Or, il existe une hypothèse alternative soutenue par des faits historiques. Le commerce du paranormal a vraiment commencé au milieu du XIXe, lorsque les scientifiques ont décrété que le magnétisme animal ne pouvait plus être étudié, après des manœuvres douteuses de sceptiques militants dont le Dr. Dubois d’Amiens. Ainsi, comme le dit le psychologue Renaud Evrard : « Le magnétisme est parti des corps savants, de l’aristocratie, de la haute bourgeoisie... pendant longtemps ces pratiques étaient l’apanage d’un milieu non populaire. Le peuple en entendait très peu parler et de manière déformée. Peu à peu le sujet s’est vulgarisé, et c’est vers la deuxième moitié du XIXème qu’on a vu apparaître des gens qui en on fait un commerce, en même temps que la doctrine magnétique dégénérait sous l’influence de la vulgarisation. Or, nombreux sont les auteurs - à commencer par Victor Hugo - ayant mis en lien ce rejet par « la science » et cette récupération par « l’ignorance ». On n’envisage à peine le rôle joué par une poignée de sceptiques militants dans la fabrication de la société actuelle. Cette police intellectuelle administrée en amont justifie le jugement dédaigneux du monde de la voyance, lequel, en retour, justifie la noble cause défendue par les sceptiques. Un discours qui fait système sans qu’on n’y puisse rien faire. »
Une autre idée, pouvant aussi être explorée, serait donc que c’est plutôt la recherche scientifique sur ces phénomènes qui limitent leur diffusion dramatique. Cette recherche doit évidemment inclure l’appareil critique, mais elle permet à chacun de distinguer phénomènes réels et abus pseudoscientifiques, et ne consistent plus seulement à nier et ridiculiser des expériences que disent vivre une majorité de la population.
Vous ne parlez plus de mes écrits, là. Je n’ai jamais nié ou ridiculisé des expériences personnelles des gens. C’est même un point important de mes enseignements.
La visée éthique est la même, mais elle favorise un dialogue plutôt qu’une opposition entre science et opinion.
Belle phrase dont le sens m’échappe.
Je veux bien être d’accord que de refuser d’un scepticisme radical l’étude des croyances les plonge dans l’opinion publique, selon un syndrome Galilée bien souvent. Mais ce n’est pas ce que je propose, moi. Je propose la réflexion et une info contradictoire disponible. Le hic, c’est qu’on ne peut pas chercher sur tout. Pour ma part, la parapsy n’est pas mon sujet.
Un dernier point doit être questionné, même s’il ne dépend pas directement du doctorant : comment se fait-il que la majorité des membres du jury soient des sceptiques médiatiques (Broch, Bricmont, Lecointre), et qu’aucun rapporteur critique ne soit nommé ? Une personne telle que Paul-Louis Rabeyron, psychiatre reconnu dans la région lyonnaise, membre du Comité Directeur de l’Institut Métapsychique International, qui donne depuis quelques années un cours optionnel à l’Université Catholique de Lyon sur « Sciences, sociétés et phénomènes paranormaux », aurait certainement eu la compétence pour relever les nombreuses critiques sur la parapsychologie et l’épistémologie qu’ils nous a été données de faire.
C’est comme si, sur une thèse sur la laïcité, vous exigiez qu’il y ait un prêtre dans la salle – ou plus exactement que sur une thèse sur l’évolution, vous exigiez la présence d’un créationniste ou d’un pro-ID ! Il ne s’agit pas d’un dialogue à recréer, c’est toujours la même erreur conceptuelle que vous faîtes. Je ne connais pas la pensée de PL Rabeyron, mais je le sais émarger de l’IMI, qui défend des positions relativistes, qui sont un non-sens. Au passage, son fils m’ayant fait comprendre que pour assister en auditeur libre à ses cours, je serais obligé de m’inscrire à l’université en question, je doute du bien fondé d’une telle injonction de votre part.
Toute complaisance universitaire est problématique sur le plan scientifique et éducatif surtout ici où la plupart des membres du jury se montrèrent incapables de distinguer les erreurs qu’ils répètent eux-mêmes.
Voir ma remarque précédente. Si j’étais méchant, je vous renverrai au comité scientifique de l’IMI qui ne comporte pas beaucoup de sceptiques. Mais ce n’est pas comparable : chez vous, c’est logique, dans mon cas c’est un non-sens ontologique.
Conclusion
Contrairement à l’avis d’un jury, nous suggérons la non-publication de ce travail avant que les trop nombreuses erreurs ou approximations qu’il comporte soient corrigées.
Venant de vous, c’est cocasse. Comme la plupart des critiques que vous avez faites ne sont pas recevable, je dois désormais avoir votre bénédiction.
Et nous reprendrons pour finir la méthode en « 6 questions + 1 » qui permet à Monvoisin de montrer en quoi une action est un acte de foi (p.110), à propos de son propre travail :
Question 1 : quel est le germe de départ de la (pseudo)théorie ?
> Des expériences personnelles à l’adolescence.
Faux, procès d’intention + illégitimation par association.
- Question 2 : comment les faits / les témoignages ont-ils été collectés ?
> Par la lecture d’ouvrages sceptiques, mais sans vérification des sources, et sans lectures contradictoires.
Faux. Vous n’avez pas lu ma bibliographie. Et par ailleurs, j’ai plus potassé de livres non-sceptiques que sceptiques ;
- Question 3 : y avait-il d’autres interprétations possibles de ces collections de faits ?
> Certainement. Mais il n’y a jamais eu de limites aux possibilités d’interprétations.
Faux. Vous en avez cité d’ailleurs quelques-unes.
- Question 4 : y a-t-il un moment où la réfutation des critiques est devenue non rationnelle ?
> Si on peut considérer que le recours à des scenarii imaginaires sans raccord à la réalité (la démonstration d’un biais par une expérience de pensée) est une pratique non rationnelle, alors oui.
je n’ai pas compris.
- Question 5 : les nouvelles entités invoquées sont-elles nécessaires ? > Est-ce à dire que le principe de parcimonie des hypothèses n’est pas parcimonieux ?Non, il est nécessaire. C’est comme dirait un matheux axiomatique. Mais c’est un sujet difficile, ce principe.
- Question 6 : quelles sont les trames argumentatives et les signes de la communauté d’adhérents à cette (pseudo)théorie ?
> Ils propagent des histoires qu’ils ne vérifient pas, à la manière de la transmission des mythologies dans un groupe social minoritaire.
Je ne sais pas quoi vous répondre, j’ai déjà répondu tout le long là-dessus. Vous avez lu de manière totalement partiale et tronquée.
- Question 0 : y avait-il un acte de foi préalable ?
> Dieu seul le sait !
Bien sûr que non. Il n’y a pas d’acte de foi préalable, il y a des axiomes de bases qui sont précisés dans ma thèse, qui se résument ainsi : – le monde est réel – il est connaissable et en dehors de nous – on peut en dire quelque chose. Aucune de ces affirmation n’est prouvable, mais sans elles, rien que de la littérature – avec tout le respect que j’ai pour la littérature. En attendant, si vous le voulez bien, laissons Dieu hors de tout cela. Il est vieux, fatigué, et surnuméraire.
Très cordialement
Richard Monvoisin
PS : j’espère que vous aurez la même rigueur à aller enlever vos articles de mauvais goût, ou au moins à les retoucher, comme http://www.pseudo-scepticisme.com/Zetetique-et-didactique-des.html et http://www.blogparanormal.com/parapsychologie/pseudo-scepticisme-et-pseudo-zeteticiens/ où est écrit ceci : « On remarque par exemple que la thèse de RM, avancée comme le porte-étendard de la pédagogie zététique, a fait l’objet d’une longue analyse montrant qu’elle est minée d’erreurs passées inaperçues devant un jury déjà tout acquis à sa cause ».
PS ’ : je pense que je vais surprendre beaucoup de sceptiques d’avoir consacré autant de temps à vous répondre. Que cette histoire vous apprenne au moins une chose : obtenir un dialogue ou une collaboration ne se fait pas à coups de bâtons. Changez votre forme, et discuter sera sinon profitable, du moins bien moins fatiguant.